«Qatargate»: le suspect clé Pier Antonio Panzeri s’engage à collaborer avec la justice

L'avocat de Pier Antonio Panzeri, Laurent Kennes, au palais de justice de Bruxelles le 17 janvier 2022. AP - Olivier Matthys

L’ex-eurodéputé italien Pier Antonio Panzeri a signé ce mardi un accord avec le parquet fédéral belge prévoyant qu’il collaborera désormais dans l’enquête sur les soupçons de corruption au Parlement européen, en échange d’une peine de prison ferme « limitée ».

« À travers ce mémorandum », précise le parquet dans un communiqué, Pier Antonio Panzeri « s’engage à informer les enquêteurs et la justice, notamment sur le modus operandi (de la fraude présumée), les arrangements financiers avec des états tiers, les constructions financières mises en place, et les bénéficiaires des structures mises en place et avantages proposés ». Ses déclarations devront être « substantielles, révélatrices, sincères et complètes » sur sa participation aux faits reprochés et celle de tiers, ajoute le texte.

En outre, Pier Antonio Panzeri, qui est actuellement écroué, devra aussi renseigner les enquêteurs sur « l’implication des personnes connues ou non encore connues dans le dossier, en ce compris l’identité des personnes qu’il admet avoir corrompues ».

Je pense que la priorité dans cette affaire, c’est la justice. Parce qu’on est dans une affaire criminelle, on n’est pas dans une affaire de règlement un peu bafoué du parlement en interne.

L’eurodéputé français LR-PPE Arnaud Danjean

En échange de cette collaboration, prévue en Belgique par une loi de 2018 sur le statut de « repenti », « la peine encourue par M. Panzeri sera effective, mais limitée. Elle comprendra de la prison ferme, une amende et la confiscation de tous les avantages patrimoniaux acquis, évalués pour l’instant à un million d’euros », poursuit le communiqué. « Une peine de cinq ans sera prononcée, mais avec du sursis pour la partie excédant un an. Il va subir un an en détention, dont une partie sous bracelet électronique », a affirmé l’avocat de l’ex-eurodéputé italien.

Grosses sommes d’argent liquide

Pier Antonio Panzeri, 67 ans, avait été arrêté à Bruxelles le 9 décembre, jour aussi de l’arrestation d’une vice-présidente du Parlement européen, l’élue socialiste grecque Eva Kaili, et d’un assistant parlementaire italien, Francesco Giorgi, compagnon de Mme Kaili. Avec Niccolo Figa-Talamanca, un Italien responsable d’ONG qui est également sous les verrous, tous ont été inculpés d’« appartenance à une organisation criminelle », « blanchiment d’argent » et « corruption ».

Ils sont soupçonnés d’avoir perçu de grosses sommes d’argent liquide du Qatar pour influencer en faveur de l’émirat les déclarations et prises de décisions politiques au sein de la seule institution élue de l’UE, notamment à propos des droits des travailleurs. Dans cette enquête confiée à l’été 2022 au juge d’instruction bruxellois Michel Claise, une perquisition au domicile bruxellois de M. Panzeri a permis de découvrir la somme de 600 000 euros en espèces, selon une source judiciaire. D’après la presse, il a également perçu des fonds du Maroc pour appuyer ses intérêts au Parlement européen. Le Qatar comme le Maroc ont fermement contesté ces allégations.

Les eurodéputés autorisent le parquet européen à faire des demandes de levée d’immunité parlementaire

Le Parlement européen a permis mardi au nouveau parquet européen, qui a en ligne de mire la Grecque Eva Kaili, déjà au cœur du scandale de corruption présumée avec le Qatar, de demander la levée d’immunité d’eurodéputés. Par une quasi-unanimité (610 voix pour, 26 voix contre et 9 abstentions), les eurodéputés, réunis à Strasbourg, ont accepté une modification du règlement intérieur de l’institution permettant au parquet européen de faire des demandes de levée d’immunité parlementaire. Jusqu’à présent, seules les autorités d’un État membre de l’UE étaient en mesure de le faire.

Mi-décembre, le parquet européen, instance indépendante en activité depuis 2021, a réclamé la levée de l’immunité parlementaire d’Eva Kaili, actuellement incarcérée dans le cadre de l’enquête sur des soupçons ainsi que celle d’une autre eurodéputée grecque, Maria Spyraki. Cette demande ne porte pas sur le « Qatargate », mais sur des « soupçons de fraude » dans la rémunération d’assistants parlementaires. La modification du règlement intérieur entrera en vigueur mercredi et la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, devrait faire dans la foulée l’annonce officielle du lancement de la procédure de levée d’immunité d’Eva Kaili et Maria Spyraki.

 

 

@RFI Avec AFP

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