En pleine mêlée électorale, Donald Trump évoque un report de l’élection présidentielle américaine

Le président américain Donald Trump, lors d'un déplacement jeudi à Midland (Texas). CARLOS BARRIA / REUTERS

Un de ses tweets a mis le feu aux poudres, alors que, pourtant, la date du 3 novembre ne peut être changée.

Ce jeudi, pour la première fois, Donald Trump a posé la question d’un report de l’élection présidentielle du 3 novembre au détour d’un tweet. « Reporter l’élection jusqu’à ce que les gens puissent voter normalement, en ­sécurité et sans risque ??? », s’est-il interrogé, après avoir critiqué vigoureusement le mode de scrutin par correspondance – ses adversaires veulent le privilégier en temps de Covid, mais lui le voit comme une porte ouverte à toutes les fraudes.

Depuis des semaines, c’était le leitmotiv des démocrates. Tels des Cassandre, ils supputaient que le président annulerait l’élection présidentielle, ou n’en reconnaîtrait pas le résultat. Dans le camp Trump, on protestait de sa bonne foi, affirmant qu’il n’en était pas question. Lui-même avait écarté cette éventualité, après une prédiction émise en avril par son adversaire, Joe Biden, sur le fait qu’il tenterait de repousser le vote. « Je n’ai même jamais pensé à changer la date de l’élection. Pourquoi ferais-je cela ? Le 3 novembre, c’est un bon chiffre. Je me réjouis de ce scrutin », avait-il déclaré, tandis que son directeur de communication de campagne, Tim Murtaugh, parlait à propos des suggestions de Biden de « théorie de complot d’un candidat désorienté, déconnecté de la réalité ».

En pleine mêlée électorale, le changement de pied de Trump a donc fait évidemment l’effet d’une mini-bombe, et suscité maintes questions. Est-ce simplement une manière « trumpienne » de détourner l’attention des chiffres calamiteux de l’économie et de l’emploi qui ont justement été annoncés ce jeudi ? Ou plutôt une plaisanterie présidentielle destinée à faire enrager les démocrates, comme celle qui l’avait poussé il y a quelques mois à annoncer qu’il resterait au moins jusqu’en 2050 ? Faut-il vraiment prendre Trump au pied de la lettre, et voir dans sa question un inquiétant ballon d’essai sur la question d’un report de l’élection ?

Dès la sortie du tweet, alors les internautes bataillaient ferme sur le sujet, privilégiant plutôt les deux premières théories, tout en soulignant les penchants « autoritaires » du président et son mépris des normes démocratiques, les démocrates sont immédiatement montés au créneau pour souligner l’illégalité du scénario, sans accord du Congrès.

« Seul le Congrès peut changer la date de nos élections, a déclaré Zoe Lofgren, une représentante démocrate, qui préside le comité en charge de la supervision de la sécurité des élections. Nous n’envisagerons en aucune circonstance d’accommoder la réponse hasardeuse et inepte que le président a opposée à la pandémie de coronavirus, ni de donner crédit aux mensonges et la désinformation qu’il propage concernant la manière dont les Américains peuvent voter. »

Reporter l’élection n’irait pas dans le sens voulu par Trump, car si les électeurs ne choisissaient pas leur président dans les temps impartis par la loi, il appartiendrait à la Chambre (démocrate) de le faire

Peter Baker, tweet du correspondant en chef du Times à la Maison-Blanche

Le fait est que le président n’a pas l’autorité constitutionnelle pour déplacer la date d’une élection fédérale, contrairement aux gouverneurs, qui ont été plusieurs à modifier le scrutin des primaires pour cause de Covid. La date de l’élection présidentielle est fixée par la loi fédérale au premier mardi qui suit le premier lundi de novembre, depuis 1845.

Même en 1864, en pleine guerre civile, puis en 1944, pendant le second conflit mondial, les scrutins se tinrent à la date fixée. Il faudrait donc une loi passée par les deux chambres du Congrès pour obtenir un délai, option politiquement impossible aujourd’hui vu l’opposition que Trump ne manquerait pas de rencontrer à la Chambre contrôlée par les démocrates.

Même si le Congrès coopérait, il ne resterait toutefois que très peu de temps, la Constitution rendant obligatoire l’investiture du nouveau Congrès le 3 janvier 2021 et le début du nouveau mandat présidentiel dès le 20 janvier, soulignait ce jeudi le New York Times.

« Reporter l’élection n’irait pas dans le sens voulu par Trump, tweete le correspondant en chef du ­Times à la Maison-Blanche, Peter Baker, car si les électeurs ne choisissaient pas leur président dans les temps impartis par la loi, il appartiendrait à la Chambre (démocrate, NDLR) de le faire. » « Et si la Chambre ne le faisait pas, c’est le speaker (Nancy Pelosi, ennemie jurée de Trump) qui deviendrait présidente en exercice », précise-t-il, un brin ironique.

Pour l’heure, ces garde-fous légaux et politiques semblent indiquer que ce tweet pourrait n’être qu’une tempête dans un encrier digital. La Maison-Blanche n’a d’ailleurs pas voulu faire de commentaire. « Le président comprend qu’un report est la prérogative constitutionnelle du Congrès », a expliqué Ronna McDaniel, présidente du comité exécutif du Parti républicain.

Pour elle, cette sortie visait à souligner le « problème énorme » que pose le vote par correspondance. « Nous n’avons toujours pas le résultat de la primaire de l’État de New York, qui s’est tenue il y a un mois », a-t-elle dit, évoquant aussi le cas de 20 % de bulletins frauduleux en Pennsylvanie. Des faits réfutés par le camp démocrate, alors que chaque jour en Amérique les débats soulignent un peu plus l’étendue de la division du pays…

@Lefigaro

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