Après l’attentat d’Istanbul, les autorités turques accusent les Kurdes du PKK

Sur les lieux d’une explosion dans le quartier de Taksim, dans le centre d’Istanbul, le 13 novembre 2022. KEMAL ASLAN / RUETERS

Le ministre de l’intérieur turc a annoncé lundi l’arrestation de plusieurs personnes. Il a aussi accusé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’être à l’origine de l’attentat.

Une forte détonation a retenti dimanche 13 novembre dans l’artère commerçante et très fréquentée d’Istiklal au cœur d’Istanbul, ont rapporté les médias turcs. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dénoncé, en direct à la télévision, un « vil attentat », qui, selon le dernier bilan, aurait fait six morts et quatre-vingt-un blessés. Quarante-deux blessés étaient toujours hospitalisés dimanche soir, dont cinq en soins intensifs, et deux dans un état critique, d’après le ministre de la santé, Fahrettin Koca.

Le ministre de l’intérieur turc, Süleyman Soylu, a accusé ce lundi matin le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’avoir causé l’attentat. « D’après nos conclusions, l’organisation terroriste PKK est responsable » de l’attentat, a affirmé M. Soylu. Il a également annoncé l’arrestation d’une personne soupçonnée d’avoir déposé un engin explosif et de 21 autres suspects. Le ministre a aussi accusé les forces kurdes, qui contrôlent la majeure partie du nord-est de la Syrie, qu’Ankara considère comme terroristes, d’être derrière l’attentat.

« L’ordre de l’attentat a été donné de Kobané »

« Nous estimons que l’ordre de l’attentat a été donné de Kobané », a-t-il ajouté. Ville restée célèbre pour la bataille qui, en 2015, a permis aux forces kurdes de repousser le groupe Etat islamique, Kobané est contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dont les Unités de protection du peuple (YPG), alliées au PKK, sont une composante majeure.

L’attentat, qui n’a pas été revendiqué, a fait six morts et 81 blessés, dont la moitié ont dû être hospitalisés. Parmi les victimes, toutes des citoyens turcs, figurent une fille de 9 ans et une autre de 15 ans.

Le ministre de la justice, Bekir Bozdag, a évoqué un « sac » déposé sur un banc par « une femme [qui] s’[y] est assise pendant quarante à quarante-cinq minutes et, quelque temps après, une explosion ». « Toutes les données sur cette femme sont en cours d’examen », a-t-il poursuivi, estimant que « soit ce sac contenait un minuteur, soit quelqu’un l’a activé à distance ».

La zone bouclée, les médias empêchés de diffuser les images

L’explosion s’est produite peu après 16 heures (14 heures, heure à Paris), au moment où la foule dans la rue Istiklal était particulièrement dense, a rapporté la chaîne de télévision NTV.

Moins d’une heure après les faits, le Conseil supérieur de la radio-télévision de Turquie (RTUK) a interdit aux médias audiovisuels de diffuser des images de la scène. Selon la vidéaste de l’Agence France-Presse (AFP) qui s’est rendue sur place, la police a établi un large cordon de sécurité pour empêcher l’accès à la zone meurtrie par crainte d’une seconde explosion. Un imposant déploiement de forces de sécurité barre également tous les accès.

Des images circulant sur les réseaux sociaux dans l’après-midi montraient des ambulances, des camions de pompiers ainsi que des forces de police sur place. Dans une vidéo postée en ligne, on peut voir l’explosion accompagnée d’une puissante détonation avant que les passants prennent la fuite.

Le PKK, souvent accusé par Ankara de « terrorisme »

Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par Ankara, mais aussi par ses alliés occidentaux, dont les Etats-Unis et l’Union européenne. Il est au cœur d’un bras de fer entre la Suède et la Turquie, qui bloque depuis mai l’entrée de Stockholm dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en l’accusant de mansuétude à l’égard du PKK. Ankara a réclamé l’extradition de plusieurs membres du PKK dans un mémorandum d’accord signé en juin avec la Suède et la Finlande, autre pays nordique désireux de rejoindre l’Alliance atlantique.

En lutte armée contre le gouvernement turc depuis le milieu des années 80, le PKK a été souvent rendu responsable par le passé d’attentats sanglants sur le sol turc. Il est également régulièrement visé par des opérations militaires turques contre ses bases dans le nord de l’Irak et de la Syrie. Le mois dernier, de nombreuses accusations relayées par l’opposition turque et démenties par les autorités ont évoqué l’emploi d’armes chimiques par l’armée turque contre des combattants du PKK. L’organisation a publié une liste de 17 noms, accompagnés de photos de personnes présentées comme des « martyrs » tués par des gaz toxiques.

 

 

@Le Monde avec AFP

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