Involontaire

Derek Chauvin a été condamné pour le meurtre de George Floyd. Un verdict accueilli par de l’émotion, de la joie et même des célébrations. L’Amérique, voir le monde même, avait retenu son souffle, se demandant si on allait avoir droit à un autre déni de justice, comme à chaque fois qu’un.e noir.e a été tué par la police aux États-Unis.
Mais y a-t-il vraiment de quoi célébrer ? Il a été reconnu coupable des 3 chefs d’accusations : meurtre au deuxième degré, meurtre au troisième degré et homicide involontaire.
Homicide involontaire… il y a quelque chose qui ne passe pas, qui me reste en travers de la gorge quand je repense à ces deux mots, surtout au dernier : involontaire !!! Qu’est-ce qu’il y a d’involontaire à poser son genou sur le cou d’un homme, menotté, maîtrisé, terrorisé qui suppliait pour sa vie, disant qu’il ne pouvait respirer?
Qu’est-ce qu’il y a d’involontaire à ignorer la foule, à la toiser, fixant froidement l’objectif d’une jeune adolescence, témoin malgré elle d’une exécution qui la marquera à jamais ?
Une foule qui a crié son indignation, a appelé une ambulance, a meme appelé le 911 pour signaler un meurtre… pendant que Derek Chauvin, les mains dans les poches laissait la vie s’échapper de la gorge écrasée de George Floyd, sous la bonne garde de ses complices, tenant en laisse une foule, impuissante.
Aujourd’hui encore impuissamment meurtrie. Je me demanderai toujours ce qui ce serait passé si cette foule avait agi, s’était opposée à Chauvin et à ses acolytes ? Il y aurait sûrement plus de « meurtres involontaires » ou voir même un acquittement, on aurait parlé de résistance aux ordres directs de la police, d’agents qui ont dû défendre leur vie… qu’est-ce que cela devrait-être frustrant d’assister à une telle mise-à-mort, involontaire !
C’est tellement involontaire de refuser de donner les premiers soins, de laisser une secouriste formée à cela intervenir pour un massage cardiaque. Il ne lui restait que des larmes, à cette jeune ambulancière, pour témoigner de son désarroi, son impuissance.
Involontaire, quand on nous dit qu’il n’a pas obéit au protocole, aux procédures qu’il devait bien connaître après 19 années de service ?
Je cherche encore, je lis des analyses, des témoignages, des paroles d’experts et je n’arrive toujours pas à trouver ce qui rend cet homicide, involontaire !
Tant de jeunes noirs, moins coupables que Derek Chauvin peuplent les prisons ou ont été exécuté au cours des décennies. Certains n’ont même pas eu de procès sans parler des interpellations qui tournent en exécution sommaire.
On me dira, au moins il n’a pas été acquitté, il a été jugé coupable. J’y réfléchis encore et je me demande si ce n’est pas là où le bat blesse ! Qu’on a tellement l’habitude d’être discriminé, nos droits bafoués qu’on se contente de peu pour être revigoré, pour jubiler, célébrer.
Et cela dans presque tout. Des petites mesurettes avec effets d’annonce aux petites reconnaissances qui me rappellent souvent un roman bien connu de Ferdinand Oyono.
De la poudre aux yeux qu’on fait souvent passer pour de la poudre de perlimpinpin. Je sais, certains diront que je suis caustique, trop critique, rebelle, confrontant…un bon mouton noir ! Tanné, le petit mouton et pas mal comme d’autres, beaucoup plus nombreux qu’on ne pense, mais qui jouent encore la carte du politically correct. Il faut plus, beaucoup plus. Plus d’actes et moins de paroles mieilleuses et de postures symboliques. Des actes conséquents, pas de demi-mesures, de semi-verdicts, de saupoudrage et de caresses dans le sens du poil. Une vraie reconnaissance des enjeux auxquels font face les communautés noires, si on s’attarde au Québec et dans le reste du Canada. Un respect de leur intégrité, et une écoute, sincère, juste, non partisane ou orientée de tous les acteurs. Qu’on arrête de nous balancer des études, profils, engagements en faveur de la diversité, des communautés noires, alors que les taux de chômage de ces communautés restent hauts, que leur accès au crédit, au financement reste toujours au plus bas, que les postes de cadres ne leur sont pas ou sont peu accessibles, que peu ou presque pas d’organisations atteignent les cibles de diversité qu’elles se sont fixées, que les plafonds de verre s’empilent les uns sur les autres. Qu’on arrête de nous vendre une diversité, si peu diversement représentée. Qu’elle soit effective, mesurable et bien réelle ! Et qu’on arrête de notre côté, de nous contenter de peu, d’être plus exigeant. Oui c’est normal de vouloir plus, de revendiquer plus, d’avoir des montées de lait, de brandir des pancartes quand il le faut, de nous asseoir pour négocier mais aussi de quitter la table mal mise, de nous engager en politique, dans les syndicats brefs toutes actions nécessaires et non,  ce n’est pas être « quelqu’un.e qui aime la confrontation » ou qui « n’aime pas le Québec ou sa terre d’accueil » c’est juste défendre des droits légitimes, exercer sa citoyenneté.
Vous avez compris que ce n’est pas juste le verdict d’homicide « involontaire » qui ne passe pas. Après tant d’années à parler et à m’impliquer pour plus de diversité et l’apport des communautés africaines et afrodescendantes, à observer les effets de manches de part et d’autres il y a une certaine lassitude à nous voir tourner en rond, faisant semblant d’avancer, de prendre des touts petits pas pour de vraies avancées. Il faut plus. Beaucoup plus !
Mais au moins, le soleil est là, le beau temps au RV et le ciel bleu…et cela est bien heureusement (encore) accessible à tous… À moins que …?
Non, vous savez quoi, restons volontairement critiques mais positifs !
Bonne semaine à tous et à toute !

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*