Un ramadan sous le signe des augmentations et des pénuries

Une vente de pain sur le marché central de Tunis, lors du Ramadan (photo d'illustration). AFP/Fethi Belaid

Le phénomène est présent aussi bien en Afrique du Nord qu’en Afrique de l’Ouest. « En ce début de ramadan, le prix de certaines denrées de première nécessité dont l’huile, le mil, le sucre importé ont grimpé », note Mali Tribune à Bamako.

« Chaque jour que Dieu fait en cette période de jeûne, les prix flambent sur tous les marchés au Burkina, remarque également Le Pays à Ouagadougou. Et cela est beaucoup plus observable en ce qui concerne les prix des denrées de première nécessité. La flambée, à ce niveau, a atteint des sommets vertigineux au point que le ministère en charge du Commerce est monté au créneau pour remonter les bretelles des commerçants qui ne respectent pas les prix affichés. Mais cette sortie a produit l’effet de l’eau sur les plumes d’un canard », déplore le journal.

« Grise mine » pour le musulman moyen

Et ces hausses de prix, on les constate partout, pointe Aujourd’hui, toujours à Ouagadougou : « souvent pointés du doigt pour ne pas avoir pris les devants, par exemple, les approvisionnements en céréales et le contrôle des prix, sans oublier le dumping pratiqué par certains commerçants véreux, les gouvernements (ouest-africains) se retrouvent dans l’incapacité de résorber une famine, qui frappe des milliers de personnes dans divers villages. Ramadan difficile donc, soupire le quotidien burkinabè, car si les riches peuvent toujours aller à Carrefour à Dakar pour remplir leurs caddies de victuailles, le musulman moyen se contentera de négocier ses produits aux marchés de Tileul, Gueule-tapée, au Sénégal ou de Zabr-daaga à Ouaga tout en faisant grise mine pour le rapport prix-quantité-qualité. »

Inquiétudes au Sénégal

Alors, il y a un phénomène de spéculation de la part des commerçants, classique, peut-on dire en cette période. Mais il y a aussi le contexte international. Le Monde Afrique prend l’exemple du Sénégal : « dans un contexte de hausse générale des prix (+1,9% pour les produits importés en janvier), déjà largement entamée avant l’invasion russe en Ukraine, les Sénégalais craignent une nouvelle augmentation du prix du pain, aliment incontournable du ndogou, le repas de rupture du jeûne. Le Sénégal importe plus de la moitié de son blé de Russie, rappelle Le Monde Afrique. Début mars, le président de l’Association des meuniers avait assuré que le pays avait des stocks pour au moins deux mois. Mais le prix de la baguette avait commencé à grimper dès le mois de décembre dernier, passant de 150 à 175 francs CFA.

Fin février, rappelle encore Le Monde Afrique, le président Macky Sall avait annoncé la diminution du prix de certaines denrées de première nécessité, comme l’huile ou le sucre, pour soulager les ménages sénégalais. Pourtant, même si le chef de l’État a « invité le gouvernement, les importateurs et les commerçants à veiller à l’application effective et immédiate » de cette mesure, beaucoup de consommateurs se plaignent de la cherté de la vie et constatent que la tendance ne fait que s’aggraver. »

Le prix du pain : question existentielle en Tunisie

En Afrique du Nord, tous les pays sont touchés, notamment la Tunisie… « À cause de la pénurie de la farine, plusieurs boulangeries ont, soit fermé leurs portes, soit été contraintes de rationner la fabrication de pain, relève La Presse à Tunis. Or, vu l’engouement pour la baguette et les longues files d’attente de citoyens, certaines boulangeries en ont profité pour augmenter leurs prix. La baguette se vend à 250 millimes au lieu de 190 dans certaines boulangeries, sans que les clients n’osent rouspéter, de peur de rester sans pain. Les agents de contrôle économique devraient sévir ! » Pour Le Point Afrique, c’est « le ramadan de tous les dangers en Tunisie : (…) y aura-t-il du pain subventionné pour l’iftar (la rupture du jeûne) ? Y aura-t-il assez de baguettes à 190 millimes pour permettre à chacun de se nourrir ? Cette question aurait paru choquante il y a peu, elle appartient désormais à la vie de chaque jour. Elle est devenue une question existentielle pour une démocratie mise entre parenthèses depuis le 25 juillet. On ne se pose plus la question du progrès, d’une société meilleure, mais celle du pain. »

 

@RFI

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