Présidentielle au Brésil : Lula et Bolsonaro au 2nd tour, pourquoi ce résultat surprend et déçoit

(Photo prise à Sao Paulo au Brésil le 2 octobre lors de l’attente des résultats du premier tour de la présidentielle opposant Lula à Bolsonaro. Ici une femme soutenant Lula attend fébrilement les résultats du scrutin).

Les Brésiliens ont moins sanctionné que prévu le président sortant Jair Bolsonaro, laissant entrevoir un second tour très disputé le 30 octobre.

BRÉSIL – Une victoire pas si écrasante que prévu. Alors que l’ex-président de gauche Lula s’est imposé face à Jair Bolsonaro au premier tour de l’élection brésilienne dimanche 1er octobre, ses partisans n’en sont pour autant pas moins inquiets et déçus. De fait, Luiz Inacio Lula da Silva n’est passé devant le président sortant que d’une courte tête et sur une marge bien plus faible que celle que prédisaient les sondages.

Lula a ainsi obtenu 48,4 % des suffrages, contre 43,2 % pour Bolsonaro, selon des résultats quasi définitifs mais encore partiels, tandis que le dernier sondage de l’institut de référence Datafolha donnait samedi soir un avantage de 14 points à l’ex-président de gauche. Ce qui laisse entrevoir un second tour très disputé le 30 octobre.

Les Brésiliens ont moins sanctionné que prévu le président sortant de 67 ans pour son déni face au Covid (685.000 morts), la crise économique dans un pays où plus de 30 millions de personnes souffrent de la faim et les crises ayant émaillé tout son mandat.

La mauvaise « surprise » pour les partisans de Lula

« C’est une surprise, Bolsonaro a obtenu plus de votes que ce que l’on attendait, notamment à São Paulo et Rio de Janeiro, les deux États les plus importants du pays », dit à l’AFP Paulo Calmon, politologue de l’Université de Brasilia. « Au second tour, la course présidentielle reste ouverte et promet d’être très disputée. Bolsonaro a encore toutes ses chances d’être réélu », ajoute-t-il.

Comme le note Matthieu Gallard, directeur de recherches chez Ipsos France, sur Twitter, Bolsonaro a obtenu plus de voix au 1er tour ce dimanche, qu’en 2018.

https://twitter.com/mathieugallard/status/1576725661775167488

« Le résultat est beaucoup plus incertain aujourd’hui qu’il ne pouvait l’être hier. La victoire de Lula n’est pas assurée (…) A eux seuls, les deux premiers candidats totalisent plus de 91% des voix. C’est comme si nous avions eu un premier tour qui a déjà des allures de second tour » », analysait de la même façon, l’historienne Anaïs Fléchet, spécialiste du Brésil contemporain, sur la RTS.

« Nous avons vaincu les mensonges » des sondages, a déclaré le président d’extrême droite, qui s’est dit optimiste à l’idée de « jouer la deuxième mi-temps » de la présidentielle. Côté Lula, une métaphore footballistique : « C’est juste une prolongation. Je peux vous dire que nous allons gagner cette élection », a déclaré l’ancien métallo de 76 ans, qui a admis qu’il espérait l’emporter dès le premier tour et semblait abattu après l’annonce du résultat.

D’ici le 30 octobre, Bolsonaro aura l’occasion de galvaniser ses troupes dans les rues et de trouver un nouvel élan. « Cela renforce l’incertitude », a déclaré à l’AFP Michael Shifter, de l’Université Georgetown.

Importantes victoires des bolonaristes aux législatives et gouvernatoriales

Outre le président et le vice-président de la République, les Brésiliens étaient appelés à élire les gouverneurs de 27 États (y compris le district fédéral de Brasilia), les 513 élus de la Chambre des députés et un tiers des 81 Sénateurs, ainsi que les assemblées législatives des États.

Selon les analystes, le Parti libéral (PL) du chef de l’État est en passe d’obtenir le plus grand nombre de sièges à la Chambre des députés. Au Sénat, les candidats du PL et les groupes alliés ont remporté au moins 14 des 27 sièges à pourvoir.

Aussi, la liste des bolonaristes pour le Sénat comprend l’ancien joueur de football Romario (réélu) et Marcos Ponte, ancien astronaute et ancien ministre des Sciences qui a évincé l’allié de Lula, Marcio Franca, le favori des sondages.

Trois autres anciens ministres, les ultra-conservateurs Damares Alves (Femmes), Tereza Cristina (Agriculture) et Rogerio Marino (Développement), ainsi que l’actuel vice-président, ont également été élus au Sénat, qui doit confirmer en 2023 deux juges de la Cour suprême.

« Le bolonarisme peut faire la fête »

« Le bolonarisme peut faire la fête », écrit l’analyste Miriam Leitao dans sa chronique du quotidien O Globo. « C’est le bolsonarisme qui a gagné ce premier tour », abonde Bruna Santos, du Brazil Institute au Wilson Center de Washtington.

« Nous aurons un second tour dans un environnement extrêmement polarisé et les électeurs de Simone Tebet (centre droit, 4 % des voix) et Ciro Gomes (centre gauche, 3 %), près de 8 millions de personnes, vont décider qui sera le prochain président », ajoute-t-elle.

Dans le camp luliste, Viviane Laureano da Silva, une fonctionnaire de 36 ans, restait confiante : « La campagne va être difficile, mais Lula va gagner au 2e tour », dit-elle à l’AFP à Rio.

 

@Le HuffPost avec AFP

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