Guinée : organiser la transition et décider du sort d’Alpha Condé, les défis de la junte

Un homme dans sa voiture avec une photo du colonel Mamady Doumbouya accrochée au rétroviseur, à Conakry, le 13 septembre 2021. Le 5 septembre 2021, les forces spéciales du colonel Mamady Doumbouya ont renversé le président guinéen Alpha Condé. (JOHN WESSELS / AFP)

Un peu plus d’une semaine après le coup d’Etat du 5 septembre, la junte lance des pourparlers sous l’œil attentif de la communauté internationale.

Quelle est la situation en Guinée depuis le coup d’Etat qui a mis fin au règne d’Alpha Condé ? Des consultations démarrent le 14 septembre 2021 à Conakry la capitale afin de parvenir à « la transition inclusive et apaisée » promise par les putschistes.

Un putsch globalement bien accueilli par les Guinéens

« On veut que Doumbouya redresse la Guinée, confie un chauffeur guinéen de 35 ans. Sous Condé, on souffrait de tous les côtés. » Le coup d’Etat semble susciter beaucoup d’espoir chez les Guinéens même s’il a surpris en dépit des mois de tensions qui l’ont précédé, provoquées par la décision d’Alpha Condé de briguer un troisième mandat en octobre 2020. La répression de la contestation a causé des dizaines de morts civils et des dizaines d’opposants ont été arrêtés avant et après la présidentielle, remportée officiellement par Alpha Condé, malgré la remise en cause de la crédibilité du résultat.

Beaucoup de Guinéens ont ainsi affiché leur soutien à la nouvelle junte militaire, saluant le coup de force, troisième du genre dans l’histoire du pays marquée par les régime autoritaires ou dictatoriaux depuis l’indépendance en 1958. Il n’y a pas que dans la rue que le putsch a été bien accueilli. Deux chefs de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, estiment que l’intervention des soldats était le dernier recours possible. « Est-ce que quelqu’un d’autre pouvait le faire si ce n’est les militaires ? », s’interroge Sidya Touré, de retour dans son pays après dix mois d’exil.

Quid de la transition ?

A leur arrivée au pouvoir, les militaires ont dissous le gouvernement et les institutions. Une concertation entre les militaires, les forces politiques et la société civile est lancée pour préparer la transition et la formation d’un gouvernement. L’opposant Cellou Dalein Diallo, empêché de se présenter au dernier scrutin présidentiel, souhaite « des élections libres et transparentes dans un délai raisonnable ». A l’instar des Nations unies. Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial d’Antonio Guterres pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, s’est rendu en Guinée à la veille du processus. « Jusque là nous avons dit : ‘Nous voulons une durée raisonnable, mais la durée raisonnable dépend des Guinéens eux-mêmes’« , a-t-il déclaré. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a exigé pour sa part « un retour immédiat à l’ordre constitutionnel ». 

La communauté internationale attentive à l’état du président déchu

La Cédéao et l’Union africaine ont suspendu la Guinée. La première a dépêché une mission le 10 septembre 2021 et n’a prononcé aucune sanction économique pour l’instant, répondant au souhait des deux principales figures de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, qui s’y opposent.

Les Nations unies ont également condamné le putsch et réclamé la libération d’Alpha Condé. Elles ont aussi indiqué « leur intention d’accompagner la Guinée pour sortir de la crise », a rappelé Mahamat Saleh Annadif le 13 septembre 2021.

Les Nations unies et la Cédéao ont rencontré les différents acteurs politiques guinéens – le chef de la junte, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, des chefs de parti et des diplomates –, ainsi qu’Alpha Condé. « Nous nous sommes assurés de sa sécurité et sa santé, il se porte bien », a déclaré Mahamat Saleh Annadif.

Même constat pour les représentants de la Cédéao.  A la mission, Alpha Condé a dit « qu’il est toujours président » et « qu’il faut que la Cédéao le rétablisse », a rapporté une source proche de la délégation sous couvert d’anonymat. Le principe d’une libération de l’ancien dirigeant guinéen « est acquis », a affirmé à la fin de la visite la secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères, Fanta Cissé, sans qu’apparaisse clairement comment cela pourrait se traduire concrètement.

Le sort d’Alpha Condé, un casse-tête pour les putchistes

En laissant sortir Alpha Condé, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya prendrait un gros risque, préviennent des acteurs de la crise des mois passés qui prêtent au président déchu de puissantes amitiés, y compris parmi les dirigeants africains, et une fortune considérable, à même d’assouvir sa probable soif de revanche. Les experts du think-tank International Crisis Group (ICG) jugent « tout à fait concevable » un contre-coup d’Etat, tant les forces de sécurité sont « factionnalisées ». 

Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, deux anciens Premiers ministres, mettent aussi en garde contre le risque d’une libération d’Alpha Condé, comme l’exige la Cédéao. Ils croient à une forte capacité de nuisance de l’ancien chef d’Etat. « Connaissant M. Alpha Condé, je ne suis pas sûr qu’il puisse rester tranquille », prédit Cellou Dalein Diallo.

Qu’ils lui rendent ou non la liberté, il faut aussi aux militaires décider s’ils créent ou non les conditions d’un procès futur. « Oui, M. Alpha Condé doit rendre des comptes à la justice », a confié à l’AFP Foniké Menguè, alias Oumar Sylla, une figure de la contestation contre le troisième mandat d’Alpha  Condé, libéré avec plusieurs dizaines d’autres par la junte deux jours après le coup d’Etat, et sorti sérieusement malade de plusieurs mois de détention.

@Franceinfo avec AFP

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