L’OMS sommée de réagir après la nomination de Robert Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté

Agé de 93 ans, Robert Mugabe est au pouvoir depuis 1980. Sa santé étant de plus en plus fragile, il se rend souvent à l’étranger pour des soins. Crédits : PHILIMON BULAWAYO / REUTERS

La nomination du président zimbabwéen, 93 ans, comme ambassadeur de bonne volonté de l’OMS a suscité de vives réactions, notamment de la Grande-Bretagne et du Canada.

Le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé samedi 21 octobre qu’il était en train de « repenser la question » après les vives réactions à la nomination du président zimbawéen Robert Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté de l’OMS. « J’écoute. J’entends vos préoccupations. Je suis en train de repenser la question conformément aux valeurs de l’OMS. Je vais publier une déclaration dès que possible », a écrit sur Twitter le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Dans un premier temps, l’OMS avait invoqué samedi les efforts du Zimbabwe contre le tabac et contre les maladies non transmissibles pour justifier la nomination de Robert Mugabe, 93 ans, comme ambassadeur de bonne volonté pour aider à lutter contre les maladies non transmissibles, comme les attaques cardiaques et l’asthme, en Afrique.

Cette annonce a suscité de nombreuses critiques, venant de l’opposition zimbabwéenne, d’organisations des droits de l’homme et d’Etats membres comme la Grande-Bretagne et le Canada.

« Ridicule », « inacceptable »

La Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, s’est jointe samedi aux critiques, qualifiant la décision de l’OMS de « surprenante et décevante, en particulier à la lumière des sanctions des Etats-Unis et de l’UE contre » M. Mugabe. « Nous avons communiqué nos préoccupations auprès du directeur général de l’OMS », a écrit un porte-parole du Foreign Office dans un courriel. « La nomination (de Mugabe) risque de cacher le travail effectué dans le monde par l’OMS sur les maladies non transmissibles. »

Le premier ministre canadien a jugé « ridicule » et « absolument inacceptable » cette nomination. « Quand j’[en] ai entendu parler (…), franchement j’ai cru à un mauvais poisson d’avril », a déclaré Justin Trudeau lors d’un point de presse à Edmonton dans l’Alberta.

Le système de santé au Zimbabwe, comme beaucoup d’autres services publics, s’est effondré sous le régime autoritaire et répressif de Mugabe. La plupart des hôpitaux manquent de médicaments et d’équipements, les infirmières et les médecins sont régulièrement laissés sans salaires.

« Il a détruit le système médical du Zimbabwe »

Le militant zimbabwéen et avocat des droits de l’homme, Doug Coltart, a écrit sur Twitter : « Un homme qui prend l’avion pour Singapour pour un traitement médical parce qu’il a détruit le système médical du Zimbabwe est l’ambassadeur de bonne volonté de l’OMS ». Le président Mugabe, au pouvoir depuis 1980, a une santé de plus en plus fragile et se rend souvent à l’étranger pour des soins.

« Nommer Mugabe ambassadeur de bonne volonté est gênant pour l’OMS et le docteur Tedros, », a tweeté Iain Levine, l’un des directeurs de l’ONG Human Rights Watch. Le principal parti d’opposition, le MDC, a estimé que cette nomination était « risible ». « Le système de santé du Zimbabwe est dans un état chaotique, c’est une insulte », a déclaré son porte-parole, Obert Gutu.

Selon l’OMS, les maladies non transmissibles sont de loin la première cause de décès dans le monde, tuant plus de 36 millions de personnes chaque année. Des agences de l’ONU comme l’OMS, le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) ou bien l’Unesco nomment régulièrement des ambassadeurs de bonne volonté pour alerter et sensibiliser l’opinion mondiale au sujet de causes spécifiques.

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