Iran : quatre morts dans des affrontements et un incendie au cœur de la prison d’Evin, connue pour détenir des prisonniers politiques

Capture d’écran d’une photo diffusée sur Twitter montrant l’incendie ravageant la prison d’Evin, en Iran, le 15 octobre 2022. CAPTURE D’ECRAN @TOFTOFO

Ce centre de détention est réputé pour les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques. Des centaines de personnes arrêtées lors du mouvement de contestation qui secoue actuellement le pays y auraient été envoyées.

Des affrontements ont éclaté, et un incendie s’est déclaré, samedi 15 octobre, dans la prison d’Evin, à Téhéran, où sont détenus des prisonniers politiques et des militants antigouvernementaux. L’agence de presse officielle IRNA, citant l’appareil judiciaire iranien, a fait état de quatre morts et 61 blessés parmi les détenus en raison de cet incendie.

Des images partagées sur les réseaux sociaux ont montré, dans la soirée, d’immenses flammes et une épaisse fumée se dégager de l’enceinte située dans le nord-ouest de la capitale iranienne. Des vidéos en ligne et des médias locaux ont également fait état de coups de feu.

Un atelier a été incendié « à la suite d’une bataille entre un certain nombre de prisonniers condamnés pour des délits financiers et des vols », ont expliqué les autorités iraniennes à l’IRNA. « En ce moment, la situation est complètement sous contrôle, et le calme est revenu dans la prison », ont-elles affirmé dimanche.

Monnaie d’échange

La prison d’Evin est réputée pour les mauvais traitements qui y sont infligés aux prisonniers politiques. Des centaines de personnes arrêtées lors du mouvement de contestation qui secoue actuellement le pays y auraient été envoyées. L’établissement détient également des étrangers ou des binationaux comme l’Américain Siamak Namazi, qui a été réincarcéré cette semaine après une libération temporaire, selon sa famille, et l’universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah.

La France suit « avec la plus grande attention » le sort des Français « détenus arbitrairement » dans cette prison, a affirmé dimanche dans un communiqué la porte-parole du ministère des affaires étrangères. Paris « rappelle une nouvelle fois aux autorités iraniennes qu’elles sont responsables de la sécurité et de la santé de nos compatriotes détenus en Iran », souligne-t-elle, en rappelant à l’Iran « ses responsabilités à l’égard de l’ensemble des prisonniers d’Evin, y compris ceux qui y sont incarcérés pour motifs politiques ».

Cinq Français sont retenus à l’heure actuelle en Iran, avait annoncé mardi la ministre française des affaires étrangères, Catherine Colonna, sur France Inter.

L’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, qui a été détenue à Evin pendant l’essentiel de ses huit cents jours d’emprisonnement en Iran, a déclaré que des proches de prisonnières politiques s’y trouvant lui avaient assuré que « toutes les femmes au sein du quartier des prisonnières politiques d’Evin [étaie]nt en sécurité et indemnes ».

« L’Iran est pleinement responsable de la sûreté de nos citoyens détenus à tort, qui doivent être libérés immédiatement », a tweeté Ned Price, porte-parole de la diplomatie des Etats-Unis, ajoutant que Washington suivait le développement de l’incident « avec urgence ».

Le célèbre réalisateur iranien Jafar Panahi, lauréat de plusieurs prix internationaux, et le politicien réformiste Mostafa Tajzadeh se trouveraient eux aussi dans cet établissement pénitentiaire.

« Mort au dictateur ! »

Une manifestation a éclaté dans la rue peu de temps après les incidents dans la prison d’Evin, de nombreuses personnes scandant « Mort au dictateur !  » – une référence au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Des vidéos ont montré des pneus en feu, et des témoins ont déclaré que la police avait bloqué les voies d’accès menant à la prison, et qu’au moins trois fortes explosions avaient été entendues en provenance de la zone. La circulation était dense le long des principales autoroutes près de l’établissement, et de nombreux automobilistes ont klaxonné pour montrer leur solidarité avec les manifestants.
Des personnes ont par ailleurs rapporté qu’Internet était bloqué dans la région.

Le procureur de Téhéran, Ali Salehi, a déclaré que la « paix » était revenue dans la prison, et que les troubles n’étaient pas liés aux manifestations qui balaient le pays depuis quatre semaines, après la mort, le 16 septembre, d’une Kurde iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours plus tôt par les forces de l’ordre. La jeune femme était accusée d’avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique, prévoyant notamment le port du voile pour les femmes.

Cette capture d’image d’une vidéo diffusée le 15 octobre 2022 montre des étudiantes iraniennes scandant « Liberté » alors qu’elles se rassemblent à l’Université des sciences et de la culture de Téhéran. – / AFP

Le mouvement s’étend

Les mobilisations antirégime ont continué tout au long de la journée, samedi, dans plusieurs villes d’Iran. Les manifestants ont scandé « A bas le dictateur ! » dans les rues d’Ardabil, dans le nord-ouest du pays. A l’extérieur des universités de Kermanshah et de Rasht (Nord-Ouest), les étudiants se sont rassemblés, d’après des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. A Sanandaj, haut lieu des manifestations dans la région du nord du Kurdistan, des étudiantes ont scandé « Femme, vie, liberté ».

« Les mollahs doivent déguerpir ! », scandaient aussi des femmes sans hijab au Collège technique et professionnel Shariati de Téhéran, dans une vidéo largement partagée en ligne.

La colère politique et sociale a grandi dans le pays après la mort de Mahsa Amini, incitant les filles et les femmes à retirer leur foulard obligatoire dans la rue en signe de solidarité. D’autres segments de la société, y compris les travailleurs du pétrole, ont rejoint le mouvement. Des commerçants se sont mis en grève à Saghez, la ville natale de Mahsa Amini, dans la province du Kurdistan, et à Mahabad (Nord), selon le média en ligne 1500tasvir. Des émeutes ont également éclaté dans certaines prisons, avec des affrontements signalés récemment entre détenus et gardiens de l’établissement de Lakan.

 

 

@Le Monde avec AP et AFP

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