La mort d’Ayman Al-Zawahiri annonce « probablement la fin de la maison mère d’Al-Qaida »

Une image, extraite d’une vidéo, du leader djihadiste Ayman al-Zawahiri d’Al-Qaida, en juin 2011. -/AFP

Le président américain Joe Biden a annoncé la mort du chef d’Al-Qaida, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri, tué dans la nuit de samedi à dimanche en Afghanistan par une frappe de drone. Une opération préparée durant plusieurs semaines avec minutie et dans le plus grand secret.

L’aube s’est déjà levée sur Kaboul dimanche 31 juillet 2022, un drone américain survole la capitale afghane et Ayman al-Zawahiri se tient sur le balcon de sa maison. Sur décision de Joe Biden et après des années de traque, deux missiles sont tirés, le chef d’Al-Qaida est mort.

Autour de la maison où vivent sa femme, sa fille et ses petits-enfants, les traces d’une frappe sont minimes, aucune explosion ne semble s’être produite, aucune autre victime n’est connue.

Cette attaque est, selon les États-Unis, le résultat d’années de traque, de mois de repérage et d’une frappe aérienne dans un ciel d’été.

Recherché depuis des années par les services secrets américains, et plus encore depuis la mort en 2011 d’Oussama Ben Laden à qui il a succédé à la tête de l’organisation terroriste, Ayman al-Zawahiri semblait se terrer entre le Pakistan et l’Afghanistan.

Selon un haut responsable américain, Washington repère en 2022 sa famille dans une maison servant de cache dans la capitale afghane – d’où l’armée américaine s’était retirée en catastrophe en août dernier face à la prise de pouvoir des talibans.

Un travail de renseignement confirme dans les mois qui suivent la présence de Ayman al-Zawahiri lui-même sur place. Les Américains étudient la structure de la maison, les risques pour les civils, son mode de vie : il ne sort jamais.

Maquette présentée à la Maison Blanche

« Nous avons identifié Zawahiri à de nombreuses reprises, et pour de longs moments, sur son balcon, là où il a finalement été abattu », a expliqué lundi soir un haut responsable américain, tandis que Joe Biden annonçait la nouvelle depuis la Maison Blanche.

Pendant la préparation, en mai et juin, seuls une poignée de responsables américains sont tenus dans la confidence.

Le 1er juillet, un projet d’opération est présenté au président démocrate dans la « Situation Room », pièce ultra-sécurisée de la Maison Blanche où, selon une photo devenue célèbre, Barack Obama suivait en direct l’assaut contre Ben Laden en 2011, Joe Biden, alors vice-président, à ses côtés.

À la suite de cette présentation, on amène même au président une maquette de la maison.

Le 25 juillet, le président – positif au Covid-19 – rassemble ses principaux conseillers et « cherche à en savoir plus sur l’organisation des pièces derrière la porte et la fenêtre du troisième étage ». Il demande l’avis de tous puis « autorise une frappe aérienne précise et sur-mesure » toujours selon un haut responsable américain ayant requis l’anonymat.

À 6 h 18 dimanche matin, heure de Kaboul, il fait environ 17 °C, le soleil s’est levé depuis une heure environ, le chef d’Al-Qaida est levé.

« La frappe a finalement été menée […] par un aéronef sans pilote. Deux missiles Hellfire (sont tirés sur) Ayman al-Zawahiri, qui est tué », a raconté un haut responsable américain. « Il a été tué sur le balcon. »

Missile secret

Il ajoute que, « selon de multiples sources de renseignement », c’est bien lui qui est mort, et lui seul.

Pas ses proches vivant à quelques mètres, pas de civil. Les talibans, qui contrôlent le pays, disent alors à l’AFP qu’une roquette a touché une maison vide dans le quartier résidentiel aisé de Sherpur sans faire de victime.

Selon Washington, l’opération, menée par la CIA, n’a nécessité aucun effectif militaire au sol à Kaboul.

Comment ?

Ces multiples éléments suggèrent l’utilisation, par les États-Unis, d’une arme dont l’existence même n’a jamais été confirmée : les missiles Hellfire R9X « flying ginsu », du nom d’une marque américaine de couteaux inspirés du Japon.

Cette version modifiée du missile américain serait dépourvue de charge explosive mais dotée de six lames qui se déploient avant l’impact pour découper sa cible sans effet de souffle.

Une photo de la voiture d’une cible supposée en Syrie en 2017 montre un énorme trou sur le toit du véhicule, l’intérieur déchiqueté, mais l’avant et l’arrière intacts.

« Cette mission a été préparée avec attention », s’est félicité Joe Biden dans son allocution, et elle a été « un succès. »

 

@Ouest France avec AFP

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