Birmanie: la Chine rejette l’idée de sanctions malgré les craintes de l’ONU d’une «guerre civile»

Le Conseil de sécurité s'est réuni mercredi en urgence et à huis clos pour évoquer la situation en Birmanie. Stephane LEMOUTON / POOL / AFP

L’ambassadeur chinois au Conseil de sécurité de l’ONU a déclaré,, mercredi 31 mars, lors d’une réunion d’urgence consacrée à la Birmanie que, pour Pékin, les sanctions ne feraient qu’aggraver la situation. Cette position de la Chine, membre permanent, rend très improbable la prise de mesures.

« Un bain de sang est imminent », a pourtant prévenu émissaire de l’ONU en Birmanie, lors d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité mercredi, estimant le risque de « guerre civile » élevé. « La cruauté des militaires est trop grave et de nombreuses organisations armées ethniques manifestent clairement leur opposition, renforçant le risque de guerre civile à un niveau sans précédent », a déclaré Christine Schraner Burgener, exhortant le Conseil « à envisager tous les moyens à sa disposition pour prendre des mesures collectives et faire ce qu’il faut », « afin d’éviter une catastrophe multidimensionnelle au cœur de l’Asie ».

Ces derniers jours, deux groupes ethniques armés ont attaqué les forces de sécurité : mercredi, un poste de police, mardi un commissariat, le week-end dernier une base militaire – l’armée avait riposté par des frappes aériennes. Et trois autres groupes rebelles menacent de reprendre les armes contre des militaires qu’ils accusent de « crimes de guerre ».

Mais pour la Chine, pas question d’imposer des sanctions aux militaires birmans. Selon Pékin, elles « ne feraient qu’aggraver la situation », a déclaré mercredi l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Junet, lors de cette réunion d’urgence de demandée par le Royaume-Uni. Pékin, premier soutien de la Birmanie, prône de « revenir à une transition démocratique dans ce pays ». Si le diplomate a exprimé la préoccupation de la Chine face à la situation en Birmanie, « la violence et les effusions de sang ne servent les intérêts de personne, et c’est le peuple de la Birmanie qui en souffre », a-t-il pointé, espérant que « toutes les parties en Birmanie pourront garder leur calme, faire preuve de retenue et prendre des mesures avec une attitude constructive pour désamorcer et calmer la situation ».

Dissensions diplomatiques

La Chine a demandé un délai avant d’adopter ou pas la proposition de texte formulée par le Royaume-Uni. Si les États-Unis et le Royaume-Uni viennent d’annoncer une nouvelle salve de sanctions, la Chine et la Russie ont refusé jusqu’à présent de condamner officiellement le putsch. À l’issue de la réunion, l’ambassadrice de Grande-Bretagne Barbara Woodward a quant à elle réitéré la détermination du Conseil de sécurité à obtenir la fin des violences et le retour de la démocratie dans le pays.

« L’envoyée spéciale a été très claire dans la description de ce qui se passe sur le terrain en Birmanie, et c’est très inquiétant, a-t-elle souligné. Cela n’est pas seulement épouvantable en raison des tueries y compris d’enfants, mais aussi en raison des détentions arbitraires, des violations des droits humains et de la pression à la frontière qui accroît la violence. Je pense que je peux dire que le Conseil a été uni dans sa condamnation de ce qui se passe.

Donc nous continuons de discuter des prochaines étapes, nous avons une série de mesures à notre disposition, mais l’essentiel est d’obtenir la fin des violences, la libération de ceux qui sont détenus de manière arbitraire et le retour de la Birmanie sur le chemin de la démocratie et de la stabilité. Ce sont les objectifs sur lesquels nous sommes concentrés et que nous allons discuter entre membres du Conseil. Nous allons nous assurer que le Conseil parlera et tiendra aussi compte des points de vue de ceux qui sont dans la région. »

Pendant ce temps, la justice n’a pas retenu de charges supplémentaires contre Aung San Suu Kyi, lors d’une d’une audience jeudi. L’ancienne dirigeante est accusée de plusieurs délits mineurs. Toujours en détention depuis deux mois, elle avait pu tenir mercredi par vidéoconférence une première réunion avec ses avocats.

@RFI

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