G7 : Donald Trump quitte prématurément La Malbaie sur fond de discussions sur l’égalité des sexes

Le président américain Donald Trump se félicite de débats « extrêmement productifs » sur le commerce au G7. Photo : Reuters/Leah Millis

Alors que les représentants des pays du G7 réunis à La Malbaie s’attaquent samedi à l’égalité des sexes et aux changements climatiques, Donald Trump est le seul dirigeant pour qui le sommet est déjà terminé.

La journée a débuté par un déjeuner organisé à l’initiative du premier ministre canadien.

Il s’agissait en fait d’un déjeuner de travail consacré à l’égalité des sexes lors duquel les leaders internationaux ont prêté une oreille attentive au discours d’ouverture de Justin Trudeau, qui a notamment demandé aux participants de poursuivre leur réflexion sur la question au-delà de cette rencontre d’une heure.

Donald Trump a participé à la rencontre. Le président s’y est toutefois présenté avec quelques minutes de retard, ce qui a provoqué un certain malaise dans la salle.

Le président Donald Trump est arrivé en retard au déjeuner de travail sur l’égalité des sexes. Photo : Reuters/Yves Herman

Le président américain sera en outre absent samedi après-midi pour les discussions sur les changements climatiques. La Maison-Blanche précise qu’il sera remplacé par son représentant personnel, aussi appelé sherpa, Everett Eissenstat.

Sommet terminé pour Trump

Donald Trump prend l’avion samedi afin de se rendre à Singapour en prévision de sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, qui doit se tenir mardi.

Avant de quitter La Malbaie, vers 10 h, le président des États-Unis a tenu un point de presse lors duquel il a tiré dans toutes les directions.

Il s’est d’abord félicité pour des débats « extrêmement productifs » sur le commerce avec ses homologues lors de la journée de vendredi.

Il a ensuite mis le reste de la planète en garde : si des pays décident de prendre des mesures de rétorsion commerciales envers les États-Unis dans le dossier des tarifs douaniers, ils commettraient une erreur, a-t-il insisté.

« Les États-Unis ont été exploités pendant des décennies, on ne peut pas continuer ainsi », a-t-il répété pour une énième fois.

Le président américain a ensuite déclaré qu’il avait proposé à ses partenaires une zone de libre-échange du G7, sans tarifs douaniers, subventions, ni barrières, sans donner davantage de détails.

Il a aussi répété ses critiques à l’égard du Canada sur l’accès aux marchés des produits laitiers, mais il a ajouté qu’il souhaitait arriver à une entente sur la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), avec deux types de clauses crépusculaires, une proposition que le Canada juge inadmissible.

Trump a par ailleurs voulu souligner son appréciation de ce sommet dominé par le conflit sur les tarifs douaniers. Il a ainsi attribué une note de 10 sur 10 à la qualité de ses relations avec les autres dirigeants, citant particulièrement Justin Trudeau, Emmanuel Macron et Angela Merkel.

Au sujet de sa rencontre avec Kim Jong-un, Donald Trump a dit que le dirigeant nord-coréen pouvait réaliser de grandes choses pour son pays, mais qu’il n’aurait pas d’autre occasion.

« Cela ne marchera peut-être pas, a dit le président. Il y a une forte chance que cela ne marche pas. Et une chance plus forte que cela prenne un certain temps. Ce sera un processus. »

Une initiative canadienne

Les chefs d’État et de gouvernement étaient donc tous présents au déjeuner de samedi. « On avait un brin d’anxiété de vouloir atteindre notre sept sur sept » a déclaré Isabelle Hudon, coprésidente du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes, au sujet de l’arrivée tardive de Donald Trump. Elle a précisé que le président américain avait assisté aux discussions à huis clos.

Le Conseil a suggéré au groupe des sept de soutenir l’éducation primaire et secondaire dans les pays en développement pour que les filles obtiennent au moins 12 ans de scolarité gratuite. Isabelle Hudon dit avoir été bien « entendue » sur cette recommandation.

À ce sujet, le gouvernement Trudeau a annoncé samedi un investissement de 400millions de dollars pour aider les jeunes filles des pays les moins nantis à poursuivre des études.

Le premier ministre Justin Trudeau prend la parole lors du déjeuner de travail sur l’égalité des sexes, au sommet du G7 à La Malbaie. Photo : Reuters/Christinne Muschi

Isabelle Hudon copréside avec la philanthrope Melinda Gates le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes créé par le gouvernement Trudeau pour le Sommet du G7. Le Conseil, formé de 21 femmes provenant d’un peu partout dans le monde, dont la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, et l’activiste pakistanaise Malala Yousafzai, a formulé une série de recommandations divisée en trois volets:sécurité, santé et éducation.

Le Conseil demande entre autres aux sept dirigeants de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide au développement et le cinquième de cette somme à la promotion des droits et à l’autonomie des filles et des femmes ainsi qu’à l’égalité entre les sexes.

Il poursuivra ses travaux pour une deuxième année, en vue du G7 de 2019 à Biarritz, en France. « Le président français Emmanuel Macron a accepté de faire de l’égalité des sexes une priorité centrale et transversale », l’an prochain, a soutenu Isabelle Hudon.

Un communiqué final incertain

Lors de la plupart des sommets du G7, les dirigeants réunis signent généralement un communiqué dans lequel leur pays s’engage à atteindre une série d’objectifs.

Des membres de délégations évoquent plutôt un compromis.

L’Élysée a fait savoir samedi que les négociations en cours étaient « en bonne voie » d’aboutir à un accord sur un communiqué final.

Il y a une « forte probabilité » que les sept signent un communiqué commun, selon Paris, un texte qui mentionnerait toutefois l’exception américaine sur le climat. Sur le commerce, les négociations portent sur une formule qui appellerait à la modernisation de l’Organisation mondiale du commerce, afin de satisfaire la délégation américaine.

Communiqué final ou pas, le G7 se conclura cet après-midi par les conférences de presse des chefs d’État et de gouvernement, sauf Donald Trump, qui sera en route vers l’Asie.

© Radio-Canada avec AFP, La Presse canadienne et Reuters