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Photo : Stella Jean Photo : Simon Deiner / SDr Photo Photo : Loza Maléombho / 2016 Photo : SrK©2016 oXoSI - oxosi.com
La mouvance africaine
de Stella Jean à Laduma Ngxokolo – Loza Maléombho – Selly Raby Kane
Qu’ont en commun Laduma Ngxokolo, Sely Raby Christian Lacroix à Burberry, en passant par Dior et Stella Jean
Kane, Loza Maléombho et Stella Jean? Leur africa- Prada, de grosses pointures de la haute-couture se sont
nité assumée ainsi qu’un talent inné et une créativité inspirées de l’Afrique, le temps d’une saison. Les édi- Née en 1979 à Rome d’un père italien
débridée, reflets de leur culture et de la somme de torialistes parlent de vague ethnique ou même tribale et d’une mère haitienne, Stella Jean
leurs expériences. Ils font partie d’une nouvelle vague et le processus reste le même; une incorporation d’élé- est depuis 4 ans la sensation mode.
de créateurs qui réinventent les codes vestimentaires, ments culturels et artisanaux africains par l’Occident. Cette designer autodidacte conçoit
apportant une touche de fraîcheur qui fait craquer des Les designers africains, à quelques rares exceptions, se la mode comme une réflexion sur
fashionistas aux quatre coins du monde et des stars, coulaient dans le même moule, se conformant à une l’identité et sur le monde. Ses créa-
icônes de la mode, comme Beyonce, Gwen Stefani, réinterprétation jugée acceptable de la mode occiden- tions font référence à ses racines
Anne Hathaway. Ils partagent aussi un souci d’authen- tale avec l’ajout d’une touche africaine. haïtiennes auxquelles elle intègre
ticité, recherchant matériaux et main-d’œuvre dans La nouvelle génération de designers qui est train des influences indiennes, japonaises,
leur pays d’origine, n’hésitant pas à voyager, dans d’émerger casse les stéréotypes, prenant le chemin italiennes ou slaves. Une démarche
le cas de Stella Jean par exemple, pour rencontrer des inverse, en partant de son origine, l’Afrique, vers inverse à tout ce qu’on connais-
artisans, sur tous les continents, et ainsi s’imprégner l’Occident. Elle porte son africanité, exploitant le plein sait; une colonisation du Nord par
de leur art mais aussi de leur histoire, qui vont s’imbri- potentiel dont elle recèle. Elle ne cherche pas forcé- le Sud. Elle utilise des pagnes tissés
quer dans le fil de leur collection. authentiques du Burkina-Faso, du
ment un brassage ou des arrangements harmonieux
Une nouvelle vague mais un savoir-faire ancestral qu’ils mais laissent plutôt libre court à sa créativité. fer forgé et des perles d’Haîti, du
ne sont pas les premiers à explorer. Le défunt créateur Ces stylistes, ainsi que beaucoup d’autres tout aussi cuir éthiopien et du wax hollandais,
malien Chris Seydou qui fît connaître le bogolan, en talentueux, méconnus ou pas, ont l’avantage d’être voyageant d’un continent à l’autre à
l’intégrant dans ses collections haute-Couture, Pathé tombé sur une période où ils ont aussi leur propre la rencontre d’artisans et de maté-
O, Alphady, Gilles Touré, Mike Sylla, furent des pré- marché, enfin enclin à porter des pièces de designers riaux inspirants. Elle définit sa mode
curseurs de cette tendance africaine. Un demi-siècle issus du continent. Une chose n’a cependant pas comme hybride, créatrice de liens
auparavant, Yves Saint-Laurent projetait l’Afrique sur changé, la reconnaissance professionnelle dépend équitables. Elle est acclamée par les
les podiums avec sa collection Bambara suivie de la toujours de l’aval occidental. critiques et ses créations portées par
célèbre Saharienne YSL. Les années qui suivirent, de les célébrités les plus en vue.
Photos : Stella Jean
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