Avant le G20, Joe Biden et Xi Jinping plaident pour un apaisement des relations sino-américaines

Xi Jinping et Joe Biden à Bali, le 14 novembre 2022. AP - Alex Brandon

À l’occasion du sommet du G20 qui se déroule à Bali à partir du mardi 15 novembre, Joe Biden et Xi Jinping se sont entretenus, une première depuis l’élection du président américain, dans un contexte de haute tension entre les deux pays. Pour la Chine comme pour les États-Unis, l’idée est de faire redescendre la température sans faire trop de concessions.

Il y a la poignée de main, les sourires, sans masques, de deux chefs d’État qui ne sont pas venus à Bali pour gommer les divergences sur les sujets de fonds, mais au moins, on a senti cette intention des deux côtés, pour essayer d’apaiser la relation pour le moins tendue entre les deux pays, rapporte notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde. Les deux présidents se sont entretenus pendant près de trois heures.

La Chine a fait un peu la morale aux États-Unis avant le début de l’entretien : « Un homme d’État devrait réfléchir et savoir comment s’entendre avec les autres pays », a déclaré le président chinois. Autre citation du numéro de Xi Jinping reprise par l’agence Chine nouvelle : « La Chine et les États-Unis devraient prendre l’histoire comme un miroir et les laisser guider l’avenir. »

Discussion franche

Chacun a marqué son territoire, rappelé les lignes rouges, Taïwan notamment, côté chinois. « Je ne pense pas qu’il y a une tentative imminente de la Chine d’envahir Taïwan », a déclaré le président américain qui a laissé entendre que les États-Unis pourraient renforcer leur position sécuritaire en Asie, si la Chine ne parvenait pas à maitriser le programme balistique nord-coréen. Les deux chefs d’État qui sont sortis renforcés dans leurs fonctions par les élections de mi-mandat aux États-Unis et via le 20ᵉ Congrès du Parti communiste chinois, ont également condamné tout recours à l’arme nucléaire, message indirect à Vladimir Poutine qui n’est pas au G20.

La discussion a été qualifiée de franche par le président américain, rapporte notre correspondant à Washington, Guillaume Naudin. La Maison Blanche a fait la liste des sujets abordés. Il y a l’action contre le changement climatique, les questions de commerce et d’économie, les droits humains, notamment ceux de la minorité musulmane ouïghoure au Xinjiang et bien sûr les questions de sécurité stratégique.

Pour Pékin, il s’agit, comme l’a rappelé la diplomatie chinoise, de trouver « une manière correcte de coexister entre la Chine et les États-Unis tout en défendant ferment la souveraineté, la sécurité et les intérêts de la Chine ». La Maison Blanche a de son côté fait savoir qu’il n’y aurait pas de déclaration commune, que Washington ne ferait pas de concessions fondamentales, tout en espérant que la rencontre aiderait les deux parties à fixer des gardes fous, des limites pour éviter que le conflit ne s’envenime.

Antony Blinken bientôt en visite en Chine

Fixer les bases d’une nouvelle relation ou d’une nouvelle guerre froide, les États-Unis comme la Chine veulent gagner du temps, sur Taïwan, sur le découplage économique et technologique et sur d’autres sujets qui marquent la rivalité systémique entre les deux puissances. La question de la guerre en Ukraine a probablement aussi été abordée.

L’un des objectifs de cette rencontre, la première en face à face depuis que Joe Biden est président, a donc été d’éviter que la concurrence dégénère en quelque chose qui ressemblerait à un conflit et de maintenir ouverts des canaux de communication. Cela a commencé à Bali et cela va continuer puisqu’il a été convenu que le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rendrait prochainement en Chine.

Le signe d’un dégel avec l’Australie
Un premier succès pour le G20 qui vient de s’ouvrir à Bali, puisque le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a confirmé qu’il allait s’entretenir mardi avec le président chinois Xi Jinping, rapporte notre correspondant à Sydney, Grégory Plesse. Les relations entre les deux pays, malgré d’intenses relations commerciales, s’étaient fortement dégradées ces dernières années. C’est d’ailleurs la première rencontre depuis 2016 entre les dirigeants de ces deux pays. Le signe d’un dégel, même si de nombreux sujets de contentieux entre Pékin et Canberra ne sont toujours pas résolus.

Du temps de Scott Morrison, l’ancien Premier ministre australien, les membres du gouvernement chinois ne répondaient même plus aux appels de leurs homologues de Canberra. Mais le contact a immédiatement été rétabli après l’arrivée au pouvoir des travaillistes, en mai dernier, entre les ministres chinois et australien. Mais le Premier ministre Anthony Albanese, qui n’a pourtant pas chômé sur la scène internationale depuis son élection, n’avait pas encore rencontré le président chinois. Il a confirmé en arrivant à Bali qu’ils se parleront demain: «Nous abordons cette discussion avec de la bonne volonté. Il n’y a pas de conditions préalables à cet échange et j’espère que nous aurons un dialogue constructif.»

Les sujets de friction sont pourtant nombreux, la Chine reproche notamment à l’Australie son alignement avec les États-Unis, encore confirmé par le ministre de la Défense, qui lors d’un déplacement récent à Washington, a affirmé que l’alliance avec les États-Unis était un élément central de la sécurité nationale australienne, mais aussi de sa vision du monde.

Et l’Australie ne digère pas les sanctions commerciales imposées unilatéralement par Pékin, son premier partenaire commercial, qui lui ont fait perdre plus de 12 milliards d’euros de recettes d’exportation. Des sanctions que cette rencontre au sommet pourrait faire lever. C’est ce que certains ont en tout cas compris lorsqu’il y a quelques jours, le Premier ministre chinois a déclaré que Pékin était prêt à faire la moitié du chemin pour renouer le contact avec Canberra.

 

@RFI

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*