Tchad : Hissène Habré, ex-président détenu au Sénégal pour crimes contre l’humanité, est mort

Hissène Habré à Dakar, le 25 novembre 2005. — TOURE BEHAN/SIPA

L’ancien président tchadien Hissène Habré est décédé mardi à 79 ans au Sénégal où il avait été condamné à la prison à vie en 2016 pour crimes contre l’humanité par une juridiction africaine.

Hissène Habré a succombé du Covid-19 à l’hôpital principal de Dakar, a indiqué le consulat du Tchad à l’AFP. Il y avait été emmené d’urgence après la détérioration de son état de santé dans une clinique privée de la capitale sénégalaise où sa famille l’avait fait conduire de prison il y a quelques jours, a dit le consulat.

« Habré a été remis entre les mains de son Seigneur », a déclaré le ministre de la Justice sénégalais Malick Sall sur la chaîne TFM.

Condamné à l’issue d’un procès inédit

Hissène Habré, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, a été condamné le 30 mai 2016 à la prison à vie à l’issue d’un procès inédit à Dakar, après avoir été déclaré coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement. Une commission d’enquête tchadienne a chiffré à 40.000 morts le nombre des victimes de la répression sous le régime Habré.

Hissène Habré, renversé en 1990, avait trouvé refuge au Sénégal, où, sous la pression internationale, les conditions de son procès avaient été créées et où il avait été arrêté en 2013 et inculpé par un tribunal spécial instauré en coopération avec l’Union africaine.

Etudiant en France

Né en 1942 à Faya-Largeau (nord), il a grandi dans le désert du Djourab, au milieu de bergers nomades. Intelligent, il est remarqué par ses maîtres.

Devenu sous-préfet, il part étudier en France en 1963, à l’Institut des hautes études d’Outre-mer. Il étudie ensuite le droit à Paris, y fréquente l’Institut d’études politiques et fait son éducation politique en dévorant Frantz Fanon, Ernesto « Che » Guevara, Raymond Aron.

De retour au Tchad en 1971, il rejoint le Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), dont il prend la tête, avant de fonder avec un autre nordiste, Goukouni Weddeye, le conseil des Forces armées du Nord (Fan).

Il a été Premier ministre

A partir de 1974, il se fait connaître à l’étranger en retenant en otage – durant trois ans – l’ethnologue française Françoise Claustre, obligeant la France à négocier avec la rébellion.

Il sera ensuite Premier ministre du président Félix Malloum, avec qui il rompra, puis ministre de la Défense de Goukouni Weddeye, président du Gouvernement d’union nationale créé en 1979.

Allié de l’Occident contre Kadhafi

Nationaliste convaincu et farouchement opposé au dirigeant libyen de l’époque Mouammar Kadhafi, qui a les sympathies de Weddeye, il rompt peu après avec son ancien allié, déclenchant une guerre civile à N’Djamena, qu’il doit évacuer fin 1980.

A partir de l’est du Tchad, où il a repris le maquis, il combat Goukouni Weddeye soutenu par Tripoli, pour rentrer victorieusement à N’Djamena en 1982.

Son régime, soutenu face à Kadhafi par la France et les Etats-Unis, durera huit ans.

Cette période est marquée par une terrible répression : les opposants – réels ou supposés – sont arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique), torturés, souvent exécutés.

Une commission d’enquête estimera à plus de 40.000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées sous son règne, dont 4.000 identifiées nommément.

En décembre 1990, Habré quitte précipitamment N’Djamena, fuyant l’attaque éclair des rebelles d’Idriss Déby Itno, un de ses généraux qui a fait défection 18 mois plus tôt et a envahi le pays depuis le Soudan. Le président Déby, tué en avril 2021 par des rebelles venus de Libye, dirigera le Tchad d’une main de fer pendant 30 ans.

Chassé du pouvoir, Habré trouve refuge à Dakar pour un exil qui sera paisible pendant plus de vingt ans.

Il est finalement arrêté le 30 juin 2013 à Dakar puis inculpé par un tribunal spécial créé en vertu d’un accord entre l’Union africaine et le Sénégal.

Son procès, le premier au monde dans lequel un ancien chef d’Etat est traduit devant une juridiction d’un autre pays pour violations présumées des droits de l’homme, s’ouvre le 20 juillet 2015.

Le 30 mai 2016, il est condamné à la prison à perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, tortures et viols.

@20 Minutes avec AFP

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