Pays-Bas: le gouvernement démissionne à la suite d’un scandale administratif

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a présenté la démission de son gouvernement le 15 janvier 2021. AFP - BART MAAT

Le Premier ministre Mark Rutte a présenté la démission de son gouvernement ce vendredi 15 janvier 2021. En poste depuis 2010, il dirigeait depuis 2017 son troisième gouvernement successif. C’est un des dirigeants politiques européens en poste depuis le plus longtemps. Cette démission était attendue car le gouvernement néerlandais se débattait depuis décembre dans un vaste scandale dans lequel des milliers de familles ont été accusées à tort de fraude.

« L’État de droit doit protéger ses citoyens d’un gouvernement tout puissant. Cela a échoué d’une manière horrible », a déclaré Mark Rutte au cours d’une conférence de presse, confirmant avoir présenté sa démission au roi Willem-Alexander.

L’affaire a été révélée par un rapport d’enquête parlementaire publié en décembre. Des fonctionnaires ont mis fin aux allocations de milliers de familles accusées à tort de fraude entre 2013 et 2019, avant de les contraindre à restituer de façon rétroactive celles perçues sur plusieurs années, soit dans certains cas des dizaines de milliers d’euros. Ce qui a plongé une partie d’entre elles dans de graves problèmes financiers.

Pour certains des quelque 26 000 parents concernés, ces confiscations administratives ont entraîné des faillites, des dépressions ou des divorces. Il a en outre été révélé que des fonctionnaires des impôts avaient procédé au « profilage ethnique » de quelque 11 000 personnes sur la base de leur double nationalité, y compris certaines de celles qui ont été touchées par l’affaire des allocations familiales.

De hauts responsables politiques, dont plusieurs ministres en fonction, sont accusés d’avoir préféré fermer les yeux sur des dysfonctionnements dont ils avaient connaissance.

En décembre, le gouvernement néerlandais a annoncé vouloir verser au cours des quatre mois suivants au moins 30 000 euros à chaque parent concerné, mais cela n’a pas suffi à dégonfler le scandale.

Gouvernement démissionnaire

L’affaire survient deux mois avant des élections législatives, prévues le 17 mars, et en pleine crise sanitaire, les Pays-Bas connaissant les restrictions les plus sévères imposées depuis le début de la pandémie de Covid-19. Mark Rutte, Premier ministre depuis 2010 et l’un des dirigeants européens depuis le plus longtemps en poste, avait précédemment annoncé qu’il briguerait un quatrième mandat.

Les quatre partis du centre et de la droite au pouvoir s’étaient réunis plus tôt pour discuter d’une éventuelle démission. Ce que Mark Rutte avait auparavant refusé, affirmant que le pays a besoin d’un gouvernement décisionnaire pour lutter contre le nouveau coronavirus. Il avait ajouté mardi souhaiter que son gouvernement, démissionnaire ou non, continue à pouvoir prendre des décisions sur la gestion de la crise sanitaire jusqu’aux élections.

Le système politique néerlandais permet l’existence d’un « gouvernement démissionnaire », qui peut s’occuper des affaires en cours dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement ou de la tenue d’élections.

La pression sur le gouvernement s’est amplifiée jeudi avec la démission du chef du Parti travailliste néerlandais (PvdA) d’opposition, Lodewijk Asscher, ministre des Affaires sociales de 2012 à 2017, sous la précédente coalition gouvernementale de Mark Rutte.

@RFI

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