Réflexions et mises au point autour de la race et de la couleur

Malé Fofana - Illustration de Alboury Loum

Que faire de Tiger Wood, si le golf était un sport de blanc? 

Si c’était le cas pour le saut en hauteur, comment expliquer les exploits de l’élégant cubain, Javier Sotomayor. Et le tennis, s’il était blanc, il n’y aurait surement pas eu Gabriel Monfils, Yannick Noah et avant eux Arthur Ashe. Si le patinage ne pouvait être  noir, où mettre Surya Bonaly?

Si le hockey était blanc, que faire de Pernell Karl Subban?  

Cela n’a rien de biologique, c’est un contexte économique favorable, doublé d’une croyance sociale bien assise qui explique cela. 

 

L’homme et l’animal

Je suis, un jour, tombé sur une étude d’ornithologues. Je devais avoir 17 ans. Ceux-ci avaient pris des oiseaux en Australie, dès leur naissance, et les ont amenés en Afrique de l’Ouest, dans un milieu similaire, isolés de leurs espèces. Quand vint le moment de faire leur nid, ces oiseaux ont confectionné un nid à l’identique de celui de leurs congénères en Australie, qu’ils n’ont pourtant jamais vus. Des nids similaires, mêmes formes, mêmes tailles, mêmes maillages des tiges…

Maintenant, chez nous, les humains, j’ai pu suivre le cas de deux bébés jumeaux nés en Asie du Sud. L’un adopté par un couple russe, et l’autre par un couple du Texas. Ils se retrouvent vingt-cinq ans plus tard, suite aux interventions d’un organisme humanitaire. À part la ressemblance physique, ces deux frères n’avaient plus rien de commun. Mais cela fonctionne aussi à un niveau sociétal. À Paris, en 1956, au Congress of Black Writers and Artists, des personnalités se sont rencontrées. Ces afro-descendants du monde entier, qui idolâtraient leurs racines communes et caressaient l’idée (le cas de certains afro-américains) d’un retour physique en Afrique, ont pu réaliser que la seule chose qu’ils avaient en commun était la couleur de leur peau. C’est ce que Rachid Bouchareb, en 2001,  illustre dans Little Senegal, avec la formidable performance de Sotigui Kouyaté.

L’humain n’a pas une forte prédestination à un comportement ponctuel, pas autant que chez les animaux en tout cas.

Bonne nouvelle. La leçon à en tirer  est que les animaux ont certaines prédispositions avec lesquelles ils naissent. Par conséquent, si un tigre devait être destructeur, il ne peut « détruire » plus que ce qui est ancré en lui. Tant mieux. Mais pour l’humain, il n’en existe pas qui soit né avec un déterminisme particulier. Imaginez un humain avec le gène du racisme. Un cyborg, comme Terminator, programmé pour éliminer  les individus de couleur bleue, il n’arrêtera que s’il se fait lui-même éliminé.

Mauvaise nouvelle. Un  animal est conditionné, il ne peut être plus néfaste que ce qui est prévu en lui. Il ne peut dépasser un plafond préétabli. Par contre, l’homme n’ayant pas ce conditionnement, « the sky being the limit », il n’y a aucune barrière à sa nocivité, si nocif il devait être. C’est la raison pour laquelle, des actes inédits dus à la main des hommes sont perpétrés, continuellement les uns plus atroces que les autres. Après Machiavel ou Lynch, on pensait avoir atteint les limites du cynisme……

Mais Rousseau ne disait-il pas que l’homme est foncièrement bon? Je suppose que cela est vrai. Les malfaisants sont bien peu nombreux par rapport aux bons. Par contre, le fait que la force de nuisance de l’humain soit sans limites, des actes d’un seul individu peuvent affecter la vie de millions de personnes.

La place du contexte

C’est l’exposition qui fait adopter à un être humain un comportement, une manière d’être, de penser, et de voir (l’autre). Ce contexte façonne aussi ses attributs physiques. Avez-vous remarqué  les doigts fins et effilés du pianiste? En pratiquant une activité, celle-ci nous formate à son tour. Avez-vous noté le développement musculaire harmonieux des gymnastes artistiques (anneaux, barre fixes, parallèles…) les épaules et  les mollets du basketteur?

Les noirs et le sport                     

Les noirs ont-ils le basketball dans le sang? Si les quartiers noirs regorgent de virtuoses de ce sport, c’est parce que c’est cet exemple qui leur est offert comme facteur de réussite. C’est aussi parce qu’ils en ont des modèles, originaires de leur environnement. Si la magie du basketball était noire, que faire du génie de Jason Williams, au jeu  subliminal, surnommé White Chocolate. C’est comme qui dirait, « il est comme un noir, mais il est blanc ». Si on n’aime pas son style fantaisiste, allons vers le classique, l’approche épurée, et terriblement efficace, Larry Bird, Jerry West… ou encore Steve Nash, maitres des fondamentaux du jeu. Pour la puissance et le punch, le tonitruant Blake Griffin, un enfant du ghetto….ce n’est pas une question de couleur de peau, ils ont juste grandi dans le « quartier ».

Les noirs ne sont faits pour la course de vitesse. La course est l’un des sports les plus démocratiques qui soient, un peu comme le soccer football ou soccer, il suffit d’une bonne paire de jambes. Pas de grands équipements, pour les plus défavorisés. Peu de moyens requis.

Et pour la course d’endurance? Les kenyans ne sont pas faits pour le marathon. Des études montrent que l’altitude et la rareté de l’oxygène des plateaux de l’Afrique de l’Est entrainent les poumons à se suffire de moins d’air. Par conséquent, lors des compétitions dans les plus basses altitudes (le reste du monde), les individus issus de ces zones sont avantagés.

La science a clarifié bien des choses. Mais certains scientifiques qui ont vendu leur savoir ont contribué à l’obscurantisme. On se rappelle que Hitler en avait quelques-uns pour valider ses théories construites de toutes pièces. Théories qui se sont effondrées comme un château de cartes lors des Jeux Olympiques de Berlin de 1936…. Encore en 2003, des scientifiques ont voulu faire croire que les noirs avaient un gène qui les aidait à mieux tenir la vitesse !!!

La logique derrière ces stéréotypes qui ont longtemps sévi dans le monde du sport est que si un noir réussit, c’est une prédisposition physique, et si un blanc réussit, c’est le fruit de son dur travail. Pensez-vous que l’olympien Haile Gebreselassie soit devenu champion de longues distances par une grâce biologique? Il faisait plus de 10 kilomètres au pas de course durant son enfance les jours d’école, pieds nus, en Éthiopie, avec le facteur de la rareté de l’oxygène. Demandez aux sœurs Williams comment elles ont dû travailler pour devenir ce qu’elles sont? Avez-vous pu observer le programme de conditionnement physique de Lebron James? Demandez à Ervin Johnson comment il a fait pour devenir Magic? Demandez au Sharp Shooter, Ray Allen (He Got Game 1998), comment il a fait pour révolutionner le tir à 3 points?

Le fait est qu’une frange de la population défavorisée, noire, du fait d’une propagande historique, est cantonnée à un coin de mouchoir: le sport (et la musique). Et ils se battent becs et ongles, pour réussir dedans. D’où un investissement colossal. C’est une question de mentalité, sur un plan gouvernemental ou personnel. Le Kenya ou  la Jamaïque en ont fait une politique nationale. Ce n’est pas mauvais en soi, mais les zones d’investissement doivent être élargies…

Des sports de blancs?

Certains sports requièrent plus de moyens, et offrent peu de modèles aux franges défavorisées, souvent être noires. Voilà comment s’opère la sélection. Si le golf est un sport de blanc, que faire de Tiger Wood? Il y a juste été exposé. Avez-vous une idée de la discipline qu’il s’est imposé, au point de souffrir des fractures de stress? Si le saut en hauteur est un sport de blanc, que faire de Javier Sotomayor. Si le hockey était blanc, que faire de Pernell Karl Subban? Si le tennis était blanc, que faire de Gabriel Monfils, Yannick Noah, et avant eux Arthur Ashe…. Si le patinage n’était pas noir, que dire de Surya Bonaly…. Cela n’a rien de biologique, c’est un contexte financier favorable, doublée d’une croyance sociale.

Origine géographique et évolution

Je ne reviens pas sur le rôle joué par l’exposition au soleil, entre les deux tropiques, sur des milliers de générations, par rapport à la couleur de la peau, et le développement de la mélanine. Allez sur Wikipédia, ceux qui ne comprennent toujours pas, pourront comprendre. Des chercheurs ont noté que le morphotype de la majorité des individus vivant dans un milieu avec la présence d’un « toit » végétal ont une tendance à être trapus (cf. les pygmées) alors que ceux vivant à ciel ouvert (type sahélien) ont tendance à être plus élancés. Même le style de danse des sahéliens tend à être aérien (le sabar Sénégalais, la danse « au saut » des Masaï ….) comparé à celui des peuples Diolas ou équatoriaux qui tendent à taper le sol…..

La relation à la chanson et à la danse                     

Les noirs n’ont pas le rythme dans le sang. C’est encore une question de milieu, c’est la même chose en Amérique du Sud. En Afrique traditionnelle, et il y a encore des traces aujourd’hui, tout est rythmé. La danse était partout, dans les cérémonies importantes, les parades des guerriers et des femmes nubiles, comme une compétence pour marquer l’appartenance à la société. Le rythme est présent dans le travail des champs, et dans la vie domestique, en commençant par les coups de pilon qui écrasent le mil dans le mortier…. Même les berceuses pour bébés obéissent à un tempo. L’arrivée des religions révélées n’échappent pas au syncrétisme.

Aux États-Unis, dans certains milieux défavorisés, dans le cadre du rap, du reggae, du Rythme and Blues …, la musique est partout dans l’air. Savoir danser est comme un critère de valeur sociale pour marquer son appartenance à un groupe, se faire remarquer ou courtiser….Même le Gospel du sud a du swing!!!! C’est une question d’environnement, autrement Eminem n’aurait pas eu été cités parmi les plus grands rappeurs de tous les temps. Il a suffi qu’il grandisse dans ce milieu. La musique et la danse (avec le sport) sont les coins de tables dans lesquelles les franges défavorisées de la société ont été cantonnées, et dans lesquelles elles se démènent éperdument comme unique voie de survie, manipulées et conditionnées dans une impasse pendant des siècles de propagande, par un système esclavagiste puis impérialiste. Elles ont été conditionnées à penser que ce n’est que là qu’elles réussiraient, au point qu’elles y ont cru. Cet état d’esprit, avec l’engagement qui s’en suit, se traduit dans le physique: « train the mind the body will follow » (forge l’esprit, le corps va suivre). Si l’acharnement pour le sport avait été investi dans d’autres secteurs, les résultats auraient été sans doute aussi bons.

Des chercheurs anglais ont  récemment tenté d’estimer la longévité de l’humain dans la forêt ou la jungle. Celui-ci ne survivrait pas longtemps, compte tenu de la manière dont il est présentement constitué sur le plan physique (absence de fourrure, de griffes, faible odorat, ou acuité visuel ….). Il aurait surement développé des principes de défenses plus solides, s’il était resté dans un milieu hostile, comme celui tropical. Les enfants qui vivent dans des milieux pauvres ont la plante du pied plus rugueuse. C’est parce qu’ils marchent à longueur de journée sur le sable, pied nu. On se rappelle l’histoire de Chaka Zulu et de son armée à-pieds-nu insensibles à la chaleur.  C’est la même chose pour la paume du cultivateur en milieu défavorisé. Le monde a été éberlué de voir les marathoniens Africains  délaisser les semelles high-techs de Nike, Adidas ou Puma pour courir, sans chaussure. Une question d’habitude….. Ils ont finalement été obligés de rentrer dans les rangs. Motif officiel? Une question d’assurance. Ils risquent de se faire accrocher par leurs concurrents aux chaussures à crampons.

Si l’humain développe une certaine résistance (physique), c’est en réaction à son milieu.

Et si certains persistent à propos des qualités athlétiques des africains américains. Concédons-leur que cela aurait pu avoir quelques origines génétiques. Ils auraient hérité de leurs ancêtres vendus comme esclaves de l’Afrique aux  Amériques, choisis selon une minutieuse sélection, pour leurs atouts, physiques. Si cette réflexion-ci est plausible, elle reste à prouver. Et ce serait, d’ailleurs, une bien maigre consolation pour ces noirs-là, mais aussi un leurre et le fruit d’un effet de distorsion médiatique. Notez que dans le sport, reprenons le cas du basketball, moins de 3 joueurs pour 1000 arrivent en Nba. Bien dérisoire. Sans oublier qu’au plus haut pic, durant la saison 94-95, il y avait bien 18 %  (Nicolas Martin-Beteau 2012), parmi eux qui n’étaient pas noirs. Pire encore, le pourcentage de ceux qui arrivent à entretenir leur fortune après leur carrière, est insignifiant. C’est la différence entre ShaquilleO’Neal et Allen Iverson . Les sportifs qui négligent les études pour se jeter corps et âme dans le sport, voient leurs gains non investis adéquatement s’envoler comme un feu de paille, parfois bien avant la fin de leur carrière.

Aucun groupe social ne doit, ni peut se payer le luxe de ne pas s’éduquer. Cela vous rattrapera tôt ou tard, comme un boomerang.

Ignorance et manipulation

Après le racisme formalisé, puis le racisme systémique aux règles non écrites, les dominateurs en se retirant se sont assurés de laisser derrière des germes. La politique de la terre brulée, Vous connaissez?

En soulevant ou en amplifiant la théorie selon laquelle la traite négrière n’aurait pu exister qu’avec le rôle majeur de frères vendant leurs frères, ils sèment les graines de la discorde, et retardent la réconciliation entre afro-descendants, qui, dès lors, se donnent la main à reculons. Je ne peux pas croire que toute la question du racisme soit uniquement due à l’ignorance. Je n’aime pas les théories complotistes, mais il doit bien  exister des individus que cela arrange, haut placés ou pas, qui tirent occasionnellement sur les ficelles de la confrontation.

Ceci n’est pas dans l’intérêt de la société. L’histoire nous enseigne qu’à chaque fois qu’un groupe social est opprimé, il y aura bien sûr des sacrifiés, et en grand nombre. Mais il y aura aussi, toute une génération d’individus aguerris issue de ces opprimés, rompus aux épreuves, qui  sera mieux préparée à affronter la vie. Ils seront mentalement et physiquement plus solides que les enfants du groupe favorisé. Et le rapport de pouvoir va s’inverser, continuellement. Est-ce cela le moteur de la société? J’espère que non.

Prendre le cas des noirs est une option pertinente et concrète, car étant l’exemple ultime de la stigmatisation. C’est une belle image de voir que des gens de toutes couleurs se lèvent contre le racisme envers les noirs (Black Lives Matter). Cette unité devant l’injustice est un facteur d’équilibre social et d’espoir. Mais il faut que le décès de George Floyd soit un départ pour tous les autres noirs tués. Et pour tous les humains sacrifiés (sous toutes formes) dans le monde. Il ne faut pas oublier que la dualité noir/blanc occulte tout un continuum de couleur et de race entre les deux  qui vivent aussi des injustices.

Il doit être un point de départ contre toute inégalité car, « Injustice anywhereis a threat to justice everywhere »: une injustice perpétrée quelque part est une menace pour la justice, partout.  Cette réflexion de Martin Luther King Jr. est une belle paraphrase d’une assertion soulevée déjà dans le corpus coranique (5-32). Le fait de secourir un (seul) individu équivaut à sauver tout le genre humain, de la même manière qu’en assassiner un est un crime contre toute l’humanité. Chaque geste positif ou négatif est un exemple qui peut être perpétré. Il vulgarise ou banalise l’acte en question.  Et pourtant, des millions sont morts pour des questions de religion (une autre forme de discrimination).  Dans ce tableau, situez la ligne entre le bon sens, la bêtise, l’ignorance et la manipulation…. L’instruction est la seule clé contre l’exclusion…

Pour revenir à notre sujet, ma fille et mon fils, depuis l’âge de 5 ans, ne voient pas du « blanc » et du « noir ». Pour eux, il y a des gens beiges et des gens bruns. Ils refusent de rentrer dans le moule de la stéréotypie et des extrêmes. Qu’en sera-t-il demain ?

Et pour conclure, gardons à l’esprit qu’en art plastique, le noir et le blanc ne sont pas des couleurs mais des valeurs !!!!

 

 

Malé Fofana PhD

ComUnicLang-Bataaxel

Cabinet de communication

Linguistique, Sciences du langage et Communication

Sherbrooke, Québec, Canada

https://www.comuniclang.com/

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