SpaceX a lancé deux astronautes de la NASA dans l’espace, une première historique pour une société privée

Décollage de la fusée Falcon-9 de SpaceX, avec à son bord deux astronautes américains, samedi 30 mai au centre spatial Kennedy en Floride. Chris O'Meara / AP
Les astronautes américains Bob Behnken et Doug Hurley se sont envolés samedi 30 mai du centre spatial Kennedy en Floride, aux Etats-Unis, à bord d’une fusée SpaceX, première société privée à se voir confier par la NASA la responsabilité d’acheminer ses précieux astronautes.

Initialement prévu mercredi à 16 h 33 (22 h 33, heure de Paris), le lancement n’a pas pu avoir lieu. Le compte à rebours a été interrompu dix-sept minutes avant le décollage en raison des mauvaises conditions météorologiques qui régnaient sur le centre spatial Kennedy.

Samedi, c’est donc en profitant d’une éclaircie que la fusée de la société fondée par Elon Musk a décollé à 15 h 22 (21 h 22, heure de Paris) et placé en orbite sans encombre la capsule Crew Dragon une dizaine de minutes plus tard, pour son premier vol habité, et le premier lancé par les Etats-Unis depuis 2011.

Lancement réussi pour la capsule spatiale de SpaceX avec deux astronautes à bord

Après avoir accompli sa tâche d’arracher les deux hommes à la gravité terrestre, le premier étage de la fusée de 70 mètres s’est séparé comme prévu et est revenu se poser, à la verticale, sur une barge au large de la Floride. L’une des spécificités de SpaceX étant de récupérer ainsi ses lanceurs.

Puis le second étage de Falcon 9 a placé Dragon sur la bonne orbite, en direction de la Station spatiale internationale, qui vole à plus de 400 km au-dessus des océans, à plus de 27 000 km/h. Ce faisant, une caméra a retransmis l’intérieur de la capsule en direct, montrant les deux hommes attachés dans leurs sièges pendant leur ascension supersonique. « Séparation Dragon confirmée », a annoncé le directeur de lancement.

« Félicitations (…) pour ce premier voyage habité pour Falcon 9, c’était incroyable », s’est réjoui l’astronaute Doug Hurley, commandant du vaisseau alors que Dragon filait déjà à 27 000 km/h, à environ 200 km d’altitude. Les deux hommes doivent atteindre la Station spatiale internationale (ISS) dimanche à 16 h 29, heure de Paris.

« De vrais génies, personne ne fait cela comme nous », a estimé le président américain, Donald Trump, qui a assisté en personne au lancement à quelques kilomètres de distance. Pour lui, les prouesses des Etats-Unis dans l’espace seront « l’une des choses les plus importantes que nous ayons jamais faites ».

Mythologie naissante

La mission peut sembler un pas modeste dans l’exploration spatiale : « Bob » et « Doug » n’iront ni sur la Lune ni vers Mars, seulement dans la vieille station spatiale, à 400 km de la Terre, où Russes et Américains et d’autres vont et viennent depuis 1998.

La NASA, pourtant, y voit une « révolution », car SpaceX va redonner aux Etats-Unis un accès à l’espace, low-cost, moins cher que ses programmes précédents. Pour trois milliards accordés depuis 2011, SpaceX a entièrement développé un nouveau taxi spatial et promis à sa cliente six allers-retours vers l’ISS. Ce faisant, elle a battu le géant Boeing, dont la capsule Starliner a raté un vol d’essai à vide l’an dernier.

Ajoutant à la mythologie naissante de la société, le lancement s’est fait depuis le pas 39A d’où décollèrent les missions Apollo d’exploration de la Lune dans les années 1960 et 1970, réaménagé par SpaceX.

La confiance a dû se gagner. Elon Musk ne connaissait rien aux fusées quand il a fondé SpaceX en 2002. Ses trois premiers lancements échouèrent. Une fusée a explosé au sol avec un précieux satellite dans sa coiffe, une autre peu après le lancement avec un ravitaillement pour l’ISS. L’an dernier, la capsule Dragon elle-même a explosé lors d’un test des moteurs au sol. Le programme aurait dû commencer en 2017.

Lire l’analyse : En dix-huit ans, Elon Musk a fait de SpaceX un acteur spatial majeur

In fine, les responsables de la NASA ont donné le feu vert pour confier à SpaceX deux de ses astronautes. Ils parlent de ce partenariat dans des termes extrêmement laudateurs : la responsable des vols commerciaux habités a évoqué « les miracles » accomplis par la collaboration des deux équipes.

Samedi dans la mythique salle d’allumage du centre Kennedy, ce n’était pas un homme de la NASA qui a donné le « go » ultime pour le décollage, mais le directeur de lancement de SpaceX, Michael Taylor, les officiels de l’agence spatiale américaine n’ayant pas de rôle formel dans le compte à rebours.

Crew Dragon est une capsule comme Apollo, mais version XXIe siècle. Des écrans tactiles ont remplacé boutons et manettes. L’intérieur est dominé par le blanc, l’éclairage plus subtil. Un seul cordon « ombilical » relie les combinaisons aux sièges pour fournir air frais et communications aux deux hommes, habillés de combinaisons spatiales ajustées, dessinées avec l’aide d’un costumier d’Hollywood.

Contrairement aux navettes, dont une a explosé en 1986 après le décollage (Challenger), Dragon peut s’éjecter en urgence si la fusée a un problème. Si elle est certifiée sûre après sa mission dans l’espace, qui pourrait durer jusqu’en août, les Américains ne dépendront plus des Russes pour accéder à l’espace : depuis 2011, les Soyouz étaient les seuls taxis spatiaux disponibles.

Les acheminements depuis la Floride redeviendront réguliers, avec quatre astronautes à bord. SpaceX entend aussi faire voyager des passagers privés en orbite, voire dans l’ISS, peut-être l’an prochain.

© Le Monde avec AFP