Brésil: les patrons inquiets de la politique environnementale de Jair Bolsonaro

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, lors d'une cérémonie du Jour du soldat à Brasilia, le 23 août 2019. REUTERS / Adriano Machado

En pleine polémique internationale sur les feux dans la forêt amazonienne, les patrons brésiliens expriment leur inquiétude de voir la politique environnementale de Jair Bolsonaro mettre en péril l’économie du Brésil, alors que le président français a menacé de ne pas ratifier l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur dont fait partie le pays latino-américain.

Les plus grandes entreprises du Brésil appellent Jair Bolsonaro à préserver la forêt d’Amazonie, dans un communiqué. Les filiales brésiliennes de Coca Cola, Nestlé, Anglo American, Siemens, Michelin, mais aussi les géants brésiliens de la bière Ambev, du pétrole Petrobras, ou des mines Vale – une compagnie qui a pourtant causé une catastrophe environnementale il y a peu au Brésil -, se disent « préoccupées » par les conséquences de la politique environnementale de Jair Bolsonaro sur l’activité du pays.

Ces multinationales pèsent 45% du PIB brésilien et elles ont tout intérêt à une ouverture réciproque de l’Europe et du Brésil à leurs produits. Ouverture menacée par le veto de l’Irlande et désormais par l’avertissement de la France.

Le lobby agricole brésilien, lui, ne s’est pas exprimé, il a soutenu l’élection de Jair Bolsonaro, mais il serait aussi très pénalisé, souligne l’économiste Gabriel Gimenez-Roche, si l’Europe n’ouvrait pas plus largement son marché au soja, au bœuf et à l’éthanol brésiliens. Sachant que les États-Unis, auxquels le président brésilien semble préférer s’allier, sont concurrents du Brésil sur tous ces produits.

Le discours souverainiste de Bolsonaro

Le président français Emmanuel Macron a appelé ce samedi à la « mobilisation de toutes les puissances » pour aider le Brésil et les pays touchés à lutter contre les feux de forêt en Amazonie et, au-delà, investir pour la reforestation des régions affectées. Emmanuel Macron s’est exprimé avant l’ouverture du sommet de G7 à Biarritz, reprenons sous une autre forme sa formule de « notre maison commune » qui brûle, en parlant des incendies en Amazonie. Des propos qui suscitent l’ire du président brésilien Jair Bolsonaro. À plusieurs reprises il a déclaré que l’Amazonie brésilienne était une affaire strictement brésilienne, il a mis en garde contre toute intervention étrangère. Un discours aux accents souverainistes, voire nationalistes, mais qui s’inscrit dans la tradition diplomatique brésilienne.

On ne touche pas à l’Amazonie. Le Brésil a toujours jalousement gardé la main sur ce vaste territoire cinq fois plus grand que la France. Tous les présidents depuis la fin de la dictature militaire, il y a 30 ans, ont réaffirmé la souveraineté nationale sur la plus vaste forêt du monde.

L’Amazonie a toujours occupé une place importante dans la stratégie militaire du pays. Un héritage de la dictature militaire qui avait alors intégré cette région très peu peuplée dans son projet national de développement économique.

Sous l’impulsion des généraux, des routes ont été construites, ainsi que des barrages et des mines, sans parler des fermes d’élevages intensifs. Persuadé que les richesses de l’Amazonie provoquent la convoitise d’autres pays, le gouvernement brésilien a renforcé la présence militaire dans cette région difficilement accessible.

Et ce n’est pas étonnant que le président Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée, fasse appel aux militaires pour combattre les incendies.

Comme celle des généraux de la dictature dont il fait régulièrement l’apologie, sa vision de l’Amazonie se réduit à l’exploitation de la forêt en poussant toujours plus loin les plantations agricoles.

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