Libye: le maréchal Haftar ordonne à ses forces d’entrer dans Tripoli

Quelques heures avant la déclaration du maréchal Haftar, le porte-parole de l'Armée nationale libyenne, Ahmed al-Mismari (photo), a annoncé la préparation d'une offensive pour «purger l'Ouest» libyen «des terroristes et des mercenaires». © REUTERS/Ayman al-Warfalli

Depuis la salle d’opérations de sa base militaire à Benghazi, le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, a donné l’ordre à son armée d’entrer à Tripoli, ce jeudi 4 avril.

L’étau se resserre sur la capitale libyenne. Les forces fidèles au maréchal Khalifa Haftar ont pris les deux villes de Sermane et de Gheriane situées à l’est et à l’ouest de Tripoli. Ces troupes se disent prêtes à entrer dans la ville, après avoir reçu ce jeudi soir l’ordre du chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) d’entrer dans la capitale. Les différentes milices de Tripoli sont en état d’alerte et se disent prêtes à combattre.

Le maréchal Khalifa Haftar prône la solution militaire pour la Libye en dépit de tous. Il a exprimé à plusieurs reprises son souhait de marcher sur Tripoli ces derniers mois, mais il a d’abord choisi de marcher vers le Sud, sans doute pour sécuriser son entrée dans la capitale.

Haftar promet d’épargner les civils, les institutions et les ressortissants étrangers

Dans un message sonore diffusé ce jeudi sur la page Facebook du « bureau des médias » de l’ANL, il promet d’épargner les civils, les « institutions de l’Etat » et les ressortissants étrangers.

« Nous répondons à l’appel de Tripoli, a déclaré le maréchal Haftar. Pour les héros de la nation, l’heure a sonné. Nous avons rendez-vous pour la conquête de Tripoli. Avancer alors, avec des pas confiantes en Dieu, entrez dans la ville en paix, pour ceux qui veulent la paix. Soyez des défenseurs des droits et non des envahisseurs. Ne levez pas vos armes, sauf contre celui celui qui choisit de vous affronter. Ne tirez que contre les hommes armés. Ceux qui jettent les armes, ceux qui restent chez eux, ceux qui lèvent le drapeau blanc, seront en sécurité. Assurer la sécurité des habitants et protéger leurs biens, ainsi que toutes les institutions de la capitale, relèvent de votre devoir. »

Tripoli encerclée

La section média de l’ANL montre depuis hier des images avec des colonnes de véhicules et des hommes armés : « Elles se dirigent vers le lieu défini », précise la légende, désignant sans la citer la capitale. Ses forces encerclent actuellement la ville, elles se sont installées, sans combats, dans deux villes importantes aux portes de Tripoli : Gheryane située à quelques 65 km à l’Ouest, et Sermane, à 60 km à l’Est. La marine de l’ANL s’approcherait également de Tripoli. Cette nouvelle opération, la première dans cette région, vise à purger l’ouest « des terroristes et de mercenaires », a affirmé un peu plus tôt Ahmed al-Mismari, le porte-parole de l’ANL.

Face à ce développement inattendu, Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d’union nationale à Tripoli, a dénoncé les « provocations qui conduiront à une escalade ». L’état d’urgence a ensuite été déclaré dans la capitale et les forces fidèles au gouvernement sont mises en état d’alerte. Elles sont soutenues par les milices de Misrata, qui se disent prêtes à stopper l’avancée des troupes du maréchal, selon leur communiqué.

Tripoli est une cible symbolique, puisque la ville abrite le siège du gouvernement d’union nationale, reconnu par la communauté internationale. Cette dernière, de manière unanime, a dit toute son inquiétude face à cette situation jeudi soir. Washington, Londres et Paris appellent à faire baisser « immédiatement » la tension. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui se trouve actuellement à Tripoli, a appelé les parties à la retenue. « Seul le dialogue inter-libyen peut résoudre les problèmes du pays ». « Il n’y a pas de solution militaire », a-t-il ajouté

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