Présidentielle au Chili : le conservateur Sebastian Pinera l’emporte

Au quartier général de Sebastian Pinera, vainqueur du second tour de l’élection présidentielle au Chili, le 17 décembre. IVAN ALVARADO / REUTERS

Sebastian Piñera, qui a déjà été président du Chili entre 2010 et 2014, succède à la présidente de centre gauche Michelle Bachelet.

L’ex-chef d’Etat conservateur Sebastian Pinera a remporté dimanche 17 décembre l’élection présidentielle au Chili, succédant ainsi à la socialiste Michelle Bachelet, confirmant le virage à droite de l’Amérique latine.

Selon des estimations diffusées par l’autorité électorale chilienne (Servel), basées sur le dépouillement de plus de 99 % des votes, M. Piñera a obtenu 54,57 % des voix, contre 45,43 % pour son adversaire. « Nous avons subi une défaite douloureuse », a reconnu M. Guillier, 64 ans, moins de deux heures après la fermeture des bureaux de vote.

Annoncé comme très serré, le scrutin a finalement tourné très nettement à la faveur de l’ancien président (2010-2014) et milliardaire, âgé de 68 ans. Sebastian Piñera gouvernera le Chili de 2018 à 2022. Ses partisans ont commencé à descendre dans les rues de la capitale, Santiago.

Réformes progressistes

Le Chili, une des principales économies d’Amérique latine, a été dirigé ces quatre dernières années par la socialiste Michelle Bachelet, qui a bouleversé cette société réputée très conservatrice par une série de réformes progressistes, dont l’adoption du mariage homosexuel et la dépénalisation de l’avortement, auparavant interdit. La loi ne lui permettait pas de se représenter.

Mme Bachelet a appelé le nouveau président pour le féliciter, selon les images de la conversation diffusées sur CNN Chile.

Cette victoire marque la fin d’un cycle pour une grande partie de la gauche latinoaméricaine : l’Argentine avec Mauricio Macri, le Brésil avec Michel Temer, le Pérou avec Pedro Pablo Kuczynski, ont désormais des présidents conservateurs.

Vote flottant

La dernière enquête, du 1er décembre, donnait les deux adversaires à égalité, avec encore 21,4 % d’indécis. L’hésitation du conducteur de taxi Jaime Pinto reflétait ce flottement : bien que de gauche, il a dit qu’il voterait « probablement » pour Pinera car « le mieux est l’ennemi du bien », sans exclure toutefois de changer d’avis au dernier moment et de voter pour le socialiste Guillier.

Au premier tour, seuls 46,7 % des électeurs s’étaient déplacés. « Tous devraient aller voter, ce sont des choses importantes qui se jouent là. Le nouveau président va prendre des décisions importantes pour nous, les vieux, c’est pour ça que c’est important de savoir ce que nous voulons pour l’avenir de notre pays », a expliqué Jorge Aguirre, un retraité de 66 ans.

Sebastian Pinera a lui reçut le soutien du candidat de l’extrême droite José Antonio Kast, qui a remporté 7,9 % des voix en revendiquant l’héritage du dictateur Augusto Pinochet (1973-1990).

Parlement fragmenté

Le vainqueur de dimanche n’aura pas de majorité au Parlement. Les législatives, organisées lors du premier tour et pour la première fois avec un scrutin à la proportionnelle, ont laissé un paysage fragmenté dans les deux chambres.

Le futur locataire du palais présidentiel de La Moneda, à compter du 11 mars 2018, aura « besoin de nouer des alliances » avec les autres groupes parlementaires, estime Rodrigo Osorio, professeur de sciences politiques à l’université de Santiago.

Le successeur de Mme Bachelet à la tête de la cinquième puissance de la région aura en revanche l’économie avec lui. Après quatre années de croissance ralentie à 1,8 % en moyenne, le PIB grimpera de 2,8 % en 2018, selon la Cepal, commission économique de l’ONU pour l’Amérique latine.

Marqué par 17 années de dictature sous Pinochet, le Chili représente depuis les années 1990 un pôle de stabilité politique et de dynamisme économique dans la région.

©AFP