Dopage : de Sotchi à Lausanne, quatre années d’une descente aux enfers

Dopage: de Sotchi à Lausanne, quatre années d'une descente aux enfers © SPUTNIK/AFP/Archives / MIKHAIL KLIMENTYEV

Entre la cérémonie de clôture des Jeux de Sotchi le 23 février 2014, et la décision du CIO le 5 décembre 2017 de suspendre la Russie aux JO-2018, la Russie a connu une descente aux enfers, accusée d’avoir organisé un dopage d’État, ce qui lui a fait perdre onze des trente-trois médailles olympiques de 2014, série en cours.

23 FÉVRIER 2014

Dernière journée des jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en Russie, et triomphe du pays hôte. Les fondeurs réalisent le triplé, avec Alexander Legkov en or, et le bobeur Aleksandr Zubkov voit double. Bilan final : 33 médailles dont 13 en or, et une Russie en tête du tableau des médailles.

3 DÉCEMBRE 2014

Dans le documentaire « Dossier secret sur le dopage : comment la Russie produit ses vainqueurs », la chaîne publique allemande ARD révèle un dopage systématique couvert par les autorités russes dans l’athlétisme. Deux jours plus tard, le CIO demande l’ouverture d’une enquête. Le 16 décembre, le Canadien Richard Pound, ancien patron de l’Agence mondiale antidopage (AMA) prend la tête d’une commission mise en place par l’AMA pour enquêter sur les allégations de l’ARD.

9 NOVEMBRE 2015

Les premières conclusions du rapport Pound sont accablantes pour la Russie : ces cas de dopage n’auraient « pas pu exister » sans l’assentiment du gouvernement. La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) suspend la Fédération russe le 13 novembre –une sanction provisoire toujours en vigueur– ouvrant la voie à l’absence des athlètes russes aux JO-2016 à Rio. De son côté l’AMA suspend l’agence russe antidopage (Rusada).

12 MAI 2016

Dans un article du New York Times, l’ancien directeur du laboratoire de Moscou, Grigory Rodchenkov, exilé aux États-Unis, révèle que les Jeux d’hiver de Sotchi 2014 ont été l’objet d’une triche à grande échelle, impliquant les services secrets russes, coupables d’avoir trafiqué des échantillons. Au moins 15 médaillés russes étaient dopés selon Rodchenkov. Le 26 mai, l’AMA confie au juriste Canadien Richard McLaren une enquête.

21 JUIN 2016

L’IAAF a maintenu le 17 juin la suspension provisoire de l’athlétisme russe, et propose un repêchage individuel d’athlètes sous certaines conditions, notamment de contrôles antidopage. Le CIO accède à la requête de l’IAAF : les athlètes repêchés peuvent concourir sous bannière neutre. De fait, il n’y en aura qu’une : Darya Klishina, au saut en longueur.

18 JUILLET 2016

Le premier volet du rapport McLaren provoque un séisme : il dénonce un « système de dopage d’État » ayant touché 30 sports, entre 2011 et jusqu’en 2015, avec l’aide active des services secrets russes (FSB) et ce notamment lors des JO-2014 et des Mondiaux d’athlétisme de Moscou en 2013. Le lendemain, le CIO met en place deux commissions pour enquêter sur les JO-2014. Ces deux commissions, présidées actuellement par les Suisses Denis Oswald et Samuel Schmid, remettent leur rapport le 5 décembre 2017 devant la commission exécutive du CIO.

24 JUILLET 2016

Le CIO décide de ne pas suspendre le Comité olympique russe, mais confie le soin aux fédérations internationales d’interdire de JO les sportifs russes qui ne pourraient prouver être +propres+. Tous les athlètes russes sanctionnés pour dopage n’iront pas à Rio, même ceux ayant déjà purgé leur peine. Ainsi, la lanceuse d’alerte Yuliya Stepanova, réfugiée aux États-Unis et qui a révélé le scandale de dopage dans l’athlétisme russe, est recalée pour Rio, en raison de son passé d’athlète dopée.

5 AOÛT 2016

Finalement, ce sont 276 sportifs russes qui sont autorisés à participer aux JO-2016 à Rio. A peine plus d’une centaine ont été exclus (111), à l’issue d’un processus contesté.

9 DÉCEMBRE 2016

Le second volet du rapport McLaren enfonce le clou : il étend la fraude à l’ensemble des grandes compétitions qui ont eu lieu durant la période 2011-2015, mettant au jour une « manipulation systématique et centralisée d’échantillons et d’ADN » aux JO-2012 et 2014, par exemple.

23 DÉCEMBRE 2016

Vingt-huit sportifs russes ayant participé aux JO-2014 sont dans le viseur du CIO, ceux pour lesquels « il existe des preuves de manipulation d’un ou plusieurs échantillons d’urine prélevés lors des JO d’hiver de Sotchi 2014, comme détaillé dans le rapport » McLaren, explique l’instance olympique.

8 FÉVRIER 2017

Après avoir accordé les Championnats du monde 2021 de biathlon à Tioumen en Russie le 4 septembre 2016, deux mois après la publication de la première partie du rapport McLaren, la Fédération internationale (IBU), dont le premier vice-président est un Russe (Victor Maygurov), retire l’organisation de ces Mondiaux à la Russie.

14 SEPTEMBRE 2017

En pleine session du CIO à Lima, qui attribue les JO-2024 à Paris et 2028 à Los Angeles, 17 agences nationales antidopage, dont celles des États-Unis, de la France, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne réclament l’exclusion de la Russie des JO-2018 de Pyeongchang (9-25 février) en raison de son implication dans « l’un des plus grands scandales de dopage dans l’histoire du sport ». Ces agences nationales antidopage sont aujourd’hui 37 à soutenir une telle démarche.

19 OCTOBRE 2017

Le président russe Vladimir Poutine met en garde : interdire aux sportifs russes de participer aux JO-2018 d’hiver de Pyeongchang ou les forcer à évoluer sous bannière neutre constituerait « une humiliation pour la Russie » et « ferait du mal au mouvement olympique ».

29 OCTOBRE

Le CIO annonce qu’il rendra une décision le 5 décembre quant à la participation des sportifs russes aux JO-2018.

1er NOVEMBRE

Le CIO sort l’artillerie lourde contre le fondeur russe Alexander Lego: retrait de sa médaille d’or du 50 km, l’épreuve reine du ski de fond, décrochée aux JO-2014 à Sotchi, et suspension à vie des jeux Olympiques. En l’espace d’un mois, l’instance olympique a pris la même sanction contre 25 sportifs russes au total ayant participé aux JO-2014. Le palmarès russe est totalement chamboulé, amputé d’un tiers de ses médailles et de quatre des treize titres olympiques, dont les deux du bobeur Aleksandr Zubkov, porte-drapeau à la cérémonie d’ouverture, ami du président Poutine et véritable héros national.

16 NOVEMBRE 2017

Lors d’un conseil de fondation à Séoul, l’AMA maintient la suspension de Rusada. L’agence estime que l’un des critères pour revenir dans le rang, la reconnaissance par Moscou du caractère institutionnel du système de dopage mis en place, n’est toujours pas rempli. Quatre jours plus tôt, l’AMA avait annoncé avoir reçu une base de données sur les résultats des contrôles antidopage réalisés sur les sportifs russes entre 2012 et 2015, des informations permettant « de renforcer l’idée que les autorités russes doivent reconnaître publiquement ce qui s’est passé », avait estimé l’AMA.

27 NOVEMBRE 2017

Le CIO dévoile les motivations de la décision sur Legkov, prémices des premières conclusions de la commission Oswald. Rodchenkov ? Un « témoin crédible ». Les conclusions de McLaren ? La commission « les partage ». Le système de manipulation d’échantillons ? « L’un des pires coups portés contre l’intégrité et la réputation des jeux Olympiques ». Ces motivations poussent la Fédération internationale de ski (FIS) à suspendre provisoirement le 30 novembre les six premiers fondeurs russes sanctionnés le 1er novembre.

5 DECEMBRE 2017

La commission exécutive du CIO, réunie à Lausanne, suspend la Russie des jeux Olympiques de Pyeongchang en février 2018 (9-25), en réponse au système de dopage institutionnalisé dans ce pays, révélé par plusieurs rapports. Le président Thomas Bach parle d’une « attaque sans précédent contre l’intégrité des jeux Olympiques et du sport ». Des sportifs russes, sous strictes conditions, pourront néanmoins y participer, sous le drapeau olympique. Le vice-Premier ministre russe Vitali Moutko, qui est resté l’homme fort du sport russe, est banni à vie des JO.

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