Togo: l’opposition « très satisfaite » du suivi de la journée « Togo mort »

Lomé – L’opposition togolaise s’est dite « très satisfaite » de la réponse à son appel à une journée ville morte, vendredi, pour protester contre le régime du président Faure Gnassingbé et rendre hommage aux victimes de récentes manifestations, même si banques et administrations sont restées ouvertes.

« Nous sommes très satisfaits, car l’appel à la journée de recueillement et de prières est très largement suivi à Lomé et dans certaines villes du pays », a déclaré à l’AFP Eric Dupuy, responsable à la communication de Cap 2015, qui regroupe cinq partis d’opposition. « Le peuple togolais a en marre et il a bien compris notre message », a-t-il ajouté.

La plupart des boutiques étaient fermées à Lomé, a rapporté un journaliste de l’AFP, notamment dans le quartier du centre-ville de Deckon.

Les banques étaient toutefois ouvertes, de même que les bureaux de l’administration publique.

La veille, le gouvernement avait demandé à la population de travailler normalement et ne pas céder aux « intimidations » des organisateurs de la « journée dite +Togo mort+ ».

« Il y avait une fluidité dans la circulation et un ralentissement de l’activité commerciale ce vendredi, situation liée à la stratégie de terreur, d’intimidation et de menaces des organisateurs de cette journée +Togo mort. Certains commerçants n’ont pas ouvert, parce qu’ils ont peur des actes de vandalisme », a dénoncé Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique.

« Mais aucune perturbation ou d’absence remarquable n’a été enregistrée dans l’administration et les services publics », a-t-il ajouté.

Le Cap 2015 et le Parti national panafricain (PNP) avaient demandé aux Togolais de rendre hommage aux victimes des manifestations du week-end dernier qui ont fait deux morts à Sokodé, à 300 km au nord de Lomé. Soixante-et-six personnes ont aussi été arrêtées, selon le ministre de la Justice, Pius Agbetomey.

Contre manifestation

Plusieurs responsables de l’opposition, dont leur de file Jean Pierre Fabre, ont assisté à une messe dans une église de Lomé à la mémoire des victimes. Ils étaient également dans une mosquée pour la prière musulmane.

« Nous venons d’accomplir un devoir, celui de nous souvenir de ceux-là qui sont morts le 19 août. Et ce souvenir doit nous galvaniser pour la suite de la lutte », a déclaré à l’AFP M. Fabre.

« Seule la mobilisation populaire nous permettra de mettre fin à ce régime », a-t-il ajouté à propos du gouvernement de M. Gnassingbé dont la famille est au pouvoir depuis 50 ans.

L’opposition s’est unie pour appeler à une marche à Lomé les 30 et 31 août pour exiger des changements constitutionnels, accusant le parti présidentiel de faire traîner des réformes qu’elle réclame depuis 10 ans.

Le gouvernement a répliqué par l’annonce jeudi que les supporteurs du parti présidentiel (Unir) manifesteraient leur soutien au pouvoir dans les rues au même moment.

« Il est temps de faire les réformes politiques, surtout de limiter le mandat pour permettre un jour à un autre (que Faure Gnassingbé) de diriger ce pays », a déclaré à l’AFP Maurice Ehouili, conducteur de taxi moto.

« Cette fois-ci, nous sommes déterminés à exercer une forte pression sur le pouvoir pour qu’il fasse les réformes. Moi, je suis prêt à marcher tous les jours pour qu’on obtienne ces réformes », a-t-il dit.

Le président Gnassingbé a succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma – qui a dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans – à la présidentielle de 2005 avec l’appui de l’armée, avant d’être réélu en 2010 et en 2015 lors de scrutins très contestés par l’opposition.

L’opposition réclame que la Constitution – modifiée en 2002 – soit révisée, notamment afin d’y réintroduire une limitation des mandats présidentiels à 10 ans au plus.

Elle exige également un mode de scrutin à deux tours, une recomposition de la Cour constitutionnelle et de la Commission électorale.

©AFP