Gorée et Ouidah – Lieux de mémoire

Gorée et Ouidah, lieux de mémoire de la traite  transatlantique, ce commerce organisé reposant sur la déportation massive des Africains vers les Amériques du 15ème au 19ème siècle, sont des passages obligés pour la diaspora africaine à la recherche de son passé. En ces temps où des révisionnistes s’amusent à réécrire l’histoire douloureuse des noirs, il est indispensable de se rendre sur place, de s’imprégner de l’atmosphère des lieux, revivre le parcours douloureux mais empreint de courage de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à leur terroir.

Ouidah au Bénin

Ouidah, autrefois appelée Juda, est située à 42 kilomètres de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Elle a été au XVIIIe siècle un des principaux centres de la traite occidentale.

Tout comme Gorée, Ouidah a sa Porte du non retour, monument commémoratif érigé sur la plage de Djègbadji, dernière vision de millions de captifs au fil des siècles avant qu’ils ne soient emmenés à l’autre bout de l’océan. L’ancien fort portugais, lieu de transit des esclaves africains est aujourd’hui reconverti en musée afin de perpétuer le devoir de mémoire avec des collections permanentes sur le commerce transatlantique mais aussi sur la création du Dahomey, les traditions religieuses locales,  les liens culturels entre le Bénin et le Nouveau monde.

Ouidah est aussi le centre le plus important de la religion vaudou au Bénin et, peut-être même dans le monde, réputé pour ses pratiques religieuses encore bien vivantes. Vous pourrez visiter le temple des Pythons, symbole de la sacralité de l’animal, habité par des pythons de toute taille, serpentant en liberté dans les allées, ou assister à des cérémonies vaudoues, avec costumes et décorations du corps, danses et chants au son de clochettes et du « Tam Tam », similaire au tambour d’Haïti. Haïti, Cuba et le Brésil on des liens culturels des plus forts avec l’actuel Bénin, et, aujourd’hui encore, les visiteurs peuvent voir les mêmes cérémonies et goûter des plats communs.

D’autre part, à la suite du rapatriement des descendants des esclaves, des influences du Nouveau Monde furent introduites dans la culture béninoise avec le retour aux sources de certains afro-descendants. Dans les villes de Ouidah et Porto Novo on retrouve l’architecture afro-brésilienne ainsi que le culte de la déesse de l’eau, « Mamiwata », importée aussi du Brésil.

 

Gorée, au Sénégal

Gorée, ancrée dans la baie de Dakar (Sénégal), île-mémoire de la traite négrière en Afrique, reconnue officiellement par l’Organisation des Nations unies en 1978, fut ainsi l’un des tout premiers lieux à être porté sur la liste du patrimoine mondial gérée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

La Maison des esclaves, célèbre édifice rose flanqué de son escalier en fer à cheval, l’une des dernières esclaveries de l’île, est un des endroits les plus visités en Afrique subsaharienne et revêt pour beaucoup une grande portée symbolique en tant qu’emblème de la traite négrière. Une trouée lumineuse au bout du couloir central, attire le regard; c’est la Porte du Non retour, par où les esclaves, après des mois de captivité dans d’atroces conditions, étaient embarqués pour un voyage sans retour. Une porte qui a été, des siècles plus tard, le témoin de moments d’intenses émotions de visiteurs, qu’ils soient afro-descendants, personnalités politiques, religieuses ou autres célébrités sur les traces de l’histoire. Les élèves sénégalais, de la petite école au lycée, ont régulièrement visité Gorée et la Maison des esclaves, pour que ce pan de leur histoire ne tombe pas dans l’oubli.

Le Musée historique du Sénégal à Gorée, aménagé dans le Fort d’Estrées, une citadelle construite par les Français entre 1852 et 1856, rattaché à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) expose, quant à lui, les différents types de traite : arabe, européenne, indochinoise et chinoise ainsi que leurs conséquences sur les différents royaumes sénégalais.

Gorée, petite île attachante avec ses vieilles maisons fleuries de bougainvillées possède également l’un des rares ensembles d’architecture coloniale des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles conservé de façon à peu près intacte.

À Gorée, une maison, au profil de bateau, accroche le regard; il s’agit de l’ancienne demeure d’une riche signare*, Victoria Albis, qui date de 1777 et qui a abrité pendant deux décennies le Musée de la Femme Henriette Bathily, fondée en 1994 par Annette Mbaye d’Erneville, journaliste et femme de lettres. Le Musée, transféré à Dakar depuis 2014, rappelait le rôle prépondérant de la femme dans les sociétés traditionnelles africaines.

Gorée c’est aussi l’Église Saint-Charles Borromée, la Place du Gouvernement, la plus ancienne mosquée en pierre du pays construite en 1890, le Quai des Boucaniers, le Castel surplombant l’île sur sa pointe sud, la Place du marché, l’Université des Mutants et la Maison d’Éducation Mariama Bâ (NDLR Lycée féminin d’excellence), l’accueil chaleureux de sa population et ses artistes talentueux. Un endroit empreint d’un charme vieillot, où cohabite harmonieusement musulmans, chrétiens, bouddhistes et rastas.

Gorée, située à 20 minutes en chaloupe de la capitale sénégalaise Dakar, se visite à pied, sans voiture ni motocyclettes. Une journée entière est nécessaire pour l’explorer à fond, découvrir d’autres trésors cachés, les tons pastels de ses façades,

* Les signares (du portugais senhoras) sont les jeunes femmes métisses, issues du mariage (ou concubinage) de Portugais (puis de Français ou d’Anglais) avec les femmes africaines dans les comptoirs de Gorée, Rufisque et St-Louis.